La crise sanitaire a donné un puissant coup d’accélérateur à la téléconsultation. Elle s’est imposée, en quelques semaines, comme un outil essentiel pour l’accompagnement et le suivi médical des patients
Au premier semestre 2020, le nombre de téléconsultations facturées à l’Assurance Maladie est passé de 40 000 actes par mois à 4,5 millions en avril. Au moment du confinement, la téléconsultation représentait une consultation sur 4. Le gouvernement avait alors décidé d'en faciliter le recours en décrétant son remboursement à 100 % par l'Assurance maladie, prolongé depuis jusqu'à fin 2022.
La période de confinement a modifié le profil des patients bénéficiant de la téléconsultation : les moins de 30 ans y ont eu moins souvent recours (19 % contre 32 % avant le confinement), contrairement aux plus de 70 ans (20 % contre 8 % avant). Toujours surreprésentée dans les zones densément peuplées (principalement l’Île-de-France), la téléconsultation n’a cessé de progresser dans les autres.
Si le nombre de téléconsultations a reculé depuis l’été (1,9 million en juin, 650 000 en Août), la tendance s'est inversée à la rentrée : d'environ 150 000 par semaine en août, le nombre de téléconsultations est remonté à 209 000 la première semaine de septembre, puis 237 000 la deuxième, 250 000 la troisième et 252 000 à la fin du mois et début octobre. En septembre, elle représentait 3 % des consultations.
Le profil des patients ayant recours à la téléconsultation a changé pendant le confinementLes moins de 50 ans, en particulier les 30-40 ans, étaient proportionnellement plus nombreux à recourir à la téléconsultation. Après 50 ans, le recours à ce dispositif diminuait fortement et régulièrement avec l’âge.
Cette tendance s'est inversée pendant le confinement, la proportion de plus 70 ans est passée de 8 % des actes facturés à 20 %. « Depuis mai dernier, cette tendance semble s’installer puisque les patients les plus âgés, même s’ils sont toujours proportionnellement moins nombreux que les plus jeunes, constituent 19 % des patients qui utilisent la téléconsultation » constatait cet été la Caisse Nationale d’Assurance Maladie.
Trois médecins généralistes sur quatre ont mis en place la téléconsultation depuis le début de l’épidémie de Covid-19Les trois quarts des médecins généralistes ont mis en place la téléconsultation depuis le début de l’épidémie de Covid-19, alors que moins de 5 % la pratiquaient auparavant. Au cours de la première semaine du déconfinement, 7 médecins sur 10 ont réalisé au moins une téléconsultation. Parmi eux, 1 sur 10 a déclaré avoir même réalisé plus de 25 % de ses consultations par ce biais.
L’utilisation de cet outil entraîne cependant certaines difficultés pour les médecins généralistes : plus de la moitié de ceux qui l’ont utilisé estiment que l’examen clinique en présentiel reste souvent ou systématiquement indispensable, selon une enquête réalisée par la Direction de la recherche (DREES) du Ministère de la Santé. Un peu moins de la moitié a souvent ou systématiquement rencontré des problèmes techniques. La facturation des honoraires n'a en revanche pas été une « difficulté majeure pour les médecins dans le cadre de l'utilisation de la téléconsultation ».
Les médecins sont, d’ailleurs partagés sur la satisfaction qu’ils retirent de la pratique de la médecine via la téléconsultation : un peu moins de la moitié des médecins se disent moyennement satisfaits, mais un tiers d’entre eux en sont peu ou pas satisfaits et, à l’inverse, un quart d’entre eux en sont très ou tout à fait satisfaits. C’est dans les départements les plus touchés par l’épidémie que son utilisation a été la plus importante et que la satisfaction des médecins est plutôt plus élevée.
L'avant-projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 prévoit de prolonger la prise en charge intégrale de la téléconsultation jusqu'au 31 décembre 2022. Le prolongement de cette « mesure dérogatoire» doit permettre « aux professionnels de santé de s’équiper des outils et solutions techniques permettant sa gestion dans le droit commun» et «laisser le temps aux partenaires conventionnels de redéfinir les conditions du recours à cette pratique».
Références :