Malgré un déficit d’équipement informatique et une moindre autonomie dans l’usage de ces outils, les ménages en précarité financière se sont majoritairement emparés des outils numériques pour suivre leur compte ou réaliser des opérations à distance. Les plus pauvres sont aussi fragilisés suivre des comptes par internet (64 % le font contre 77 % en moyenne), réaliser des opérations en ligne comme des virements (55 % contre 70 %), entre autres raisons parce qu’ils ont moins de comptes courants et d’épargne ; ils ont moins souvent un compte dans une banque en ligne (9 % contre 13 %) et font moins souvent des achats en ligne 68 % contre 74 %
C’est l’un des principaux enseignements de l’enquête sur les conditions d’accès aux services financiers des ménages vivant sous le seuil de pauvreté réalisée par le Crédoc pour le Comité consultatif du secteur financier (CCSF).
Cette enquête porte sur l’accès des ménages en situation de pauvreté ou par ceux qui bénéficient d’un minimum social aux services financiers : compte bancaire, livrets et comptes d’épargne, moyens de paiement (chéquier, carte bancaire, paiement sans contact, accès au liquide, virements, mandants) et crédits.
L’édition 2019-2020 de cette enquête (les précédentes remontent à 2001 et 2010) comporte un volet important consacré aux usages financiers qui s’appuient sur le numérique.
Un rapport aux outils numériques un peu moins aisé pour les populations en précarité financière
Cette enquête compète les résultats du Baromètre Numérique avec des données inédites sur la relation au numérique des ménages en dessous du seuil de pauvreté.
On y apprend que les bénéficiaires de minima sociaux sont relativement bien équipés en connexion internet (80 %), de même que les ménages pauvres (85 %). Ces taux d’équipement restent cependant nettement en deçà de ceux observés pour l’ensemble de la population (92 %).
Références :
La différence d’équipement porte aussi bien sur la connexion fixe (- 14 points parmi les bénéficiaires de minima sociaux par rapport à la population générale et - 7 points parmi les ménages pauvres) que sur la connexion mobile (- 12 points et - 9 points).
Les bénéficiaires de minima sociaux et les personnes pauvres sont, globalement, autonomes vis-à-vis des outils informatiques et numériques puisque, face à une difficulté, 63 % des premiers et 64 % des seconds n’ont pas de difficulté particulière ou se débrouillent seuls.« Le rapport aux outils numériques est toutefois moins aisé pour ces groupes que pour la population générale. Alors que 42 % des personnes en population générale estiment ne pas avoir de difficultés particulières avec les outils informatiques et numériques, cette même proportion n’est que de 30 % chez les bénéficiaires de minima sociaux et 32 % chez les personnes pauvres. Ces deux populations sont, au contraire, près de deux fois plus nombreuses que la population générale à ne jamais utiliser d’outils informatiques et numériques (11 % vs 6 %). Sur ce sujet, bénéficiaires des minima sociaux et personnes vivant sous le seuil de pauvreté présentent le même profil ».
9 % des ménages en situation de pauvreté et des bénéficiaires de minima sociaux sont clients d’une banque en ligne.
Parmi les Français qui détiennent au moins un compte bancaire, 13 % sont clients d’une banque en ligne. Cette proportion est à peine plus faible chez les bénéficiaires de minimas sociaux et les ménages pauvres (9 %).
Le souci de limiter les dépenses est le principal motif pour faire le choix d’une banque en ligne.
« Les entretiens menés dans le cadre de l’enquête révèlent, « chez les personnes aux revenus modestes, d’un intérêt plus marqué concernant la gratuité des services en ligne (absence de frais liés à la tenue de compte, possibilité de retirer de l’argent liquide dans tous les distributeurs automatiques) ainsi que les offres commerciales proposées à l’ouverture du compte en cas de parrainage. De fortes réticences sont également évoquées par certaines des personnes, pauvres ou non, pour souscrire aux offres d’une banque en ligne. L’impossibilité d’avoir un contact humain en cas de problème est citée de manière systématique, y compris par les personnes qui disent ne contacter que (très) rarement leur banque. D’autres personnes en situation de pauvreté évoquent l’impossibilité d’ouvrir un compte en ligne du fait de leurs faibles ressources et de l’absence d’épargne. Le fait d’être à découvert est également cité comme argument rendant impossible l’ouverture d’un compte en ligne ».
Deux tiers des ménages en précarité financière consultent leur compte en ligne au moins une fois par semaine
64 % des ménages en situation de pauvreté et 62 % des bénéficiaires de minima sociaux regardent leur situation financière au moins une fois par semaine, contre 69 % en population générale.
8 % des ménages pauvres et des bénéficiaires d’un minimum social les consultent même quotidiennement (11 % en population générale).
Un large recours au numérique pour consulter le compte bancaire
Internet et les applications mobiles constituent le mode de consultation le plus fréquent pour 64 % des ménages pauvres et 60 % des bénéficiaires d’un minimum social (77 % en population générale).
17 % des ménages pauvres et des bénéficiaires d’un minimum social suivent plus leur compte à partir des relevés papier transmis par la banque, contre 12 % en moyenne
On constate, sur la façon de consulter ses comptes, un très fort effet d’âge : les plus jeunes, quelle que soit leur situation financière, recourent beaucoup plus fréquemment aux outils numériques et informatiques
Les ménages aux faibles ressources réalisent un peu moins d’opérations bancaires en ligne
55 % des ménages pauvres et 51 % des bénéficiaires de minimas sociaux, font de telles opérations à distance (70 % en population générale). Ils détiennent, il est vrai, en moyenne, moins de comptes et également moins d’épargne, « ce qui peut mécaniquement limiter le nombre (et donc la fréquence) des opérations à effectuer ».
Cette enquête repose sur des entretiens par téléphone auprès de :
- 809 ménages en situation de pauvreté monétaire, c’est-à-dire bénéficiant par unité de consommation 3 de moins de 1 041 euros par mois (soit 60 % du revenu médian)
- 803 ménages allocataires d’un minimum social (RSA, AAH, ASS, ASPA)
- 1 005 ménages représentatifs de l’ensemble de la population.