La désinformation ne touche pas seulement les jeunes et les personnes peu diplômées

Publié par Mission Société Numérique
Éclairages 28.08.2020

Le débat sur la désinformation se focalise souvent sur les jeunes lecteurs, qui en seraient les premières victimes. « Il faut former les citoyens, et notamment les plus jeunes, pour les aider à reconnaître les fausses informations, à les appréhender, à s’en protéger », insistait, par exemple, Françoise Nyssen, à l’époque ministre de la culture, lors du débat sur la loi relative à la lutte contre les fausses informations à l’été 2018.

Selon une enquête réalisée par l’équipe des Décodeurs du journal Le Monde à partir des données de l’institut Médiamétrie, au mois d’avril 2020, en plein confinement, une période marquée par un fort intérêt pour l’actualité et un vrai besoin d’informations, les jeunes ne semblent pas être des cibles privilégiées pour les sites les moins fiables.

Les 15-24 ans, par exemple, représentaient en avril environ 13,7 % de l’ensemble des internautes, 13 % des lecteurs des sites traditionnels et 16,1 % du lectorat des sites classés « rouge » par l’équipe des Décodeurs (Sont classes par les Décodeurs comme « rouges  » les sites ayant publié un nombre significatif de fausses informations et/ou d’articles trompeurs et comme « oranges » les sites dont la fiabilité ou la démarche est douteuse).

Les 25-49 ans sont surreprésentés dans l’audience des sites peu fiables

Selon cette enquête, « si une tranche d’âge se distingue par son appétence pour les sources douteuses, ce serait en fait plutôt celle des 25 à 49 ans. Elle lit volontiers les sites traditionnels, mais est surreprésentée parmi les visiteurs de sites classés « rouge » et « orange » dans le Décodex. Les 35-49 ans, par exemple, représentent 22,1 % des internautes et 25 % des lecteurs de sites classiques, mais 32,7 % des lecteurs de sites peu fiables».

« A l’inverse, les personnes âgées sont surreprésentées dans le lectorat des principaux médias d’actualité, mais moins nombreuses à consulter des sites moins conventionnels. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles sont complètement insensibles à la désinformation en ligne». Les plus de 65 ans sont les plus susceptibles de partager des articles erronés sur Facebook, estimait ainsi une étude publiée dans la revue Science Advances en 2019.

Les catégories aisées ne sont pas épargnées

Les cadres, dirigeants, professions libérales, enseignants (identifiés par Médiamétrie comme relevant des catégories socioprofessionnelles supérieures), sont nombreux à lire les sites traditionnels, mais ils sont surtout plus nombreux que les autres catégories dans le lectorat des sources « rouge » et « orange ». Leur profil de consultation des sites d’information n’est, finalement, pas très différent de ce qu’on observe parmi les catégories sociales moins privilégiées (CSP –).

Ces observations portent sur la consultation des sites et non sur les pratiques d’information sur les réseaux sociaux.

L’enquête a été réalisée pour le mois d’avril 2020, en plein confinement lié à la pandémie de Covid-19. L’equipe des Décodeurs a transmis à Médiamétrie la liste des 372 sites Internet identifiés comme « peu fiables » (classés en rouge) et des 119 identifiés comme « douteux » (en orange) dans le Décodex. Médiamétrie a comparé la composition de l’audience de ces sources (en termes d’âge et de catégories socioprofessionnelles) avec celles des 20 sites d’actualités les plus lus en France pour le mois d’avril 2020.

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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