Quel numérique « pour un après soutenable » ?

Publié par Mission Société Numérique
Rapports 16.07.2020

Du 1er avril au 31 mai dernier, entre confinement et déconfinement, France Stratégie a ouvert un espace contributif afin de recueillir des idées pour « l’après ». Un horizon ? Les soutenabilités dans toutes leurs dimensions.

Autour de 7 axes de questionnement, les contributeurs étaient  invités à formuler un diagnostic articulé au contexte de la crise sanitaire, économique et sociale, et tourné vers l’avenir. Comment ne pas rééditer les erreurs du passé ? Comment instruire les grandes questions qui se posent en sortie de crise, et articuler l’urgence de la reprise et les défis de long terme ?

448 contributions sont publiées sur le  site Internet de France Stratégie.

France Stratégie vient de publier une synthèse des 76 contributions consacrées au « numérique d’après ».

Un numérique résilient dans tous les territoires

La crise a souligné les fractures numériques territoriales et les inégalités entre citoyens qu’elles contribuent à accentuer. Plusieurs contributeurs rappellent la nécessité de couvrir par des réseaux de bonne qualité l’ensemble du territoire tout en soulignant une défiance à l’égard du déploiement de la 5G qui risque d’hypothéquer le déploiement des autres technologies, encore souvent absentes du territoire. Dans la perspective de meilleures infrastructures, il est également important d’anticiper l’organisation de la résilience des réseaux face aux risques (cyberattaques, risques naturels) qui vont se multiplier. De façon inattendue, plusieurs contributeurs ont souligné le rôle qu’ont joué pendant la crise les réseaux de makers, peu connus du grand public (fabrication de visières à l’aide d’imprimantes 3D ou création des réseaux de solidarité citoyens). Évoluant souvent dans la sphère militante du logiciel libre, ils sont apparus comme des acteurs-ressources au sein de certains territoires et ont contribué, grâce à des outils numériques à mettre en place des réseaux de solidarité et d’entraide.

Conjuguer au futur numérique et travail.

Le recours massif au télétravail a rendu encore plus tangible le besoin de réorganiser les relations au sein des collectifs de travail. Se sont exprimés, entre autres, le souhait de plus d’autonomie des salariés et en conséquence la nécessité de transformer les modes de management, mais aussi de faire évoluer les temps de travail, pour une meilleure articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. Plus globalement, le numérique souligne un besoin accru de dialogue et de démocratie au sein de l’entreprise Transformateur du travail, le numérique est aussi porteur de nouveaux métiers et, avec la mise en lumière des réseaux des makers, la nécessité de favoriser la réparation et la réutilisation des équipements. Il est apparu que la dichotomie entre métiers « manuels » et « intellectuels » devait être dépassée, comme les métiers émergents du numérique en témoignent.

Numérique et environnement « high », « low » ou « right » tech ?

De nombreuses contributions ont souligné les risques environnementaux du numérique (consommation de ressources, d’énergie, pollution, obsolescence technique) et beaucoup apportent des propositions concrètes pour un numérique plus soutenable : recyclage systématique, réemploi des terminaux, labellisation qualité environnementale des matériels physiques et des logiciels, création de nouveaux métiers (de la réparation, au codage).

Le comportement plus vertueux des utilisateurs est aussi un levier de transformation (réduction de la consommation des données ou du matériel, système incitatif de tarification pour les consommateurs vertueux, etc.).

Au-delà du débat low ou high tech, pour un usage plus responsable et plus durable des outils numériques, il faut tendre vers ce que certains contributeurs ont qualifié de « right tech », la bonne technologie pour le bon usage.

Citoyenneté et numérique

Les contributions témoignent des inquiétudes sur les risques de surveillance accrus des individus, sur les mésusages de nos données personnelles (en particulier les données de santé) et sur les dangers que peuvent présenter les objets connectés. Beaucoup soulignent le besoin d’une transformation numérique de l’administration, plus simple et plus à l’écoute des citoyens (modèle estonien).

D’autres contributions portent sur le rôle de la puissance publique et s’interrogent sur sa capacité à garantir un environnement numérique sécure et respectueux des libertés individuelles. Plusieurs contributions soulignent la nécessité de mettre au point une identité numérique (double numérique). Enfin, pour beaucoup la nécessité de renforcer l’acculturation au numérique des Français les plus fragiles reste une priorité. 25

Transformation numérique de l’État

De nombreux contributeurs soulignent le rôle d’incitation que doit jouer la puissance publique dans le choix et le développement de systèmes ouverts et souverains ainsi que dans la régulation du développement et de l’usage des algorithmes. Une des voies pour y parvenir est de reconnaître des « communs numériques » qu’il s’agisse d’infrastructures, de données ou d’applications. Il faut pour cela un cadre juridique renouvelé qui permette de valoriser les produits et les personnes qui participent à l’élaboration de ces communs (par exemple comment « rétribuer » un contributeur à un logiciel libre ?). Plus largement, de nombreuses contributions font état d‘une volonté de voir émerger les cadres institutionnels et techniques qui permettent la collaboration, la co-construction et l’expérimentation.

Économie et numérique, d’autres alliances possibles

Le modèle de développement économique porté par les géants du numérique a suscité peu de commentaires. C’est surtout sur l’opportunité de créer de nouvelles formes d’échanges, de nouveaux modèles de développement que les contributions ont été les plus riches.

Pour réduire la dépendance aux technologies étrangères et relocaliser les chaînes de valeur en Europe tout en garantissant la sécurité de nos systèmes, les contributions ont évoqué plus particulièrement la nécessité de développer des filières industrielles françaises dans le domaine du logiciel avec pour spécificité des ambitions écologiques et environnementales. Pour y parvenir, le rapprochement du monde académique et industriel doit s’amplifier.

Certains ont proposé de réviser le régime de la propriété intellectuelle, qui en matière de numérique constitue plutôt un frein à l’innovation et au développement de solutions ouvertes voire même accroît le verrouillage technologique de certains marchés. Enfin, les nouvelles formes d’échanges et modèles de développement rendus possibles par le numérique avec la blockchain et la création de monnaies locales ont souvent été cités comme pouvant contribuer au développement local des territoires.

Pour une Europe numérique

Le niveau européen apparaît être le bon niveau pour le développement des infrastructures numériques viables, qu’il s’agisse d’un Operating System (OS) souverain, d’un cloud européen ou de plateformes d’accès à des services. L’idée d’une monnaie numérique européenne a été proposée.

Les points de consensus… et de dissensus

La nécessité de disposer de solutions numériques moins dépendantes de technologies ou d’approvisionnements étrangers et de disposer d’infrastructures, de logiciels et de services numériques souverains semble faire consensus.

En revanche, il y a désaccord sur les moyens d’y parvenir. À ceux qui prônent la nécessité de développer des solutions ab initio (cloud, applications, terminaux, etc.) y compris en mobilisant des investissements publics, d’autres répondent que ces solutions sont économiquement et techniquement inefficaces et qu’il est préférable de miser sur les outils du marché en imposant des cadres de régulation qui permettent de garantir les objectifs d’indépendance et de souveraineté.

D’autres encore soulignent la nécessité de limiter le rôle de l’État dans le développement de solutions numériques, car cela pourrait présenter un risque de surveillance et de contrôle accru et menacer à terme nos libertés individuelles.

 

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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