Banalisée pendant le confinement, la téléconsultation s’installe dans les pratiques de santé

Publié par Mission Société Numérique
Éclairages 24.06.2020

Depuis 2018, la téléconsultation fait partie du droit commun des pratiques médicales. Cette pratique restait cependant assez marginale (25 000 en décembre 2019, 40 000 en fevrier 2020), comparée a la prise de rendez vous avec les médecins, pratiquée par 40 % des Français, selon l’enquête Capuni.

A l’occasion du confinement, grâce a un assouplissement du cadre réglementaire, le 10 Mars, la téléconsultation a très rapidement et largement été adoptée par les professionnels et par un tres grand nombre de patients. Outre les plateformes traditionnelles de télémédecine déjà existantes, les consultations pouvaient se faire par le biais de n’importe quel dispositif, que ce soit Skype, WhatsApp… Une simple consultation par téléphone était même possible pour les personnes résidant en zone blanche.

La téléconsultation essentielle dans la lutte contre l’épidémie du coronavirus

Des le 23 mars (13 jours après le décret),   le think-Tank Institut Montaigne pointait l’importance de la téléconsultation.

« Dans une situation d’épidémie comme celle que nous connaissons actuellement, le principal défi pour le système de santé est de pouvoir faire face à la surcharge dans les hôpitaux, provoquée par le COVID-19 et d’assurer la continuité des soins. En cas de symptômes, les directives du ministère de la santé sont très claires : “ne vous rendez pas chez votre médecin traitant ou aux urgences, pour éviter toute potentielle contamination”.

Dès lors, la téléconsultation semble être le moyen le plus approprié pour désengorger les services hospitaliers en exerçant un premier tri entre les fausses alertes et les malades potentiels, soigner à distance en permettant de prendre en charge les personnes infectées par le coronavirus mais dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation et enfin éviter les contacts physiques en protégeant les plus vulnérables (personnes âgées, personnes atteintes de maladies chroniques) mais aussi en protégeant les soignants, afin de minimiser le risque d’infection.

A la téléconsultation, s’ajoutent le télésuivi qui permet de suivre à domicile les cas les moins graves de coronavirus et la téléexpertise, qui offre aux professionnels de santé la possibilité de solliciter un second avis médical ».

Plus de 4,5 millions de téléconsultations enregistrées en avril

Entre février et mars, le nombre de téléconsultations a été multiplié par 30, constate la Cnam, qui a comptabilisé près de 5,8 millions de téléconsultations cumulées depuis septembre 2018, dont 5,5 millions effectuées entre les seuls mois de mars et avril 2020, où leur nombre a encore quadruplé.

La quasi-totalité des téléconsultations réalisées depuis septembre 2018 a été facturée par les médecins libéraux (96%), devant les centres de santé (2%) et les consultations externes (2%) des établissements.

Le nombre de médecins téléconsultants a atteint 36 000 en mars, avant de passer à 56 000 en avril (ils etaient 3000 fin 2019)

Depuis septembre 2018, c’est l’Ile-de-France qui concentre le plus grand nombre de téléconsultations réalisées (1,09 million dont 320.000 à Paris) devant Auvergne-Rhône-Alpes (741.000), Occitanie (560.000), Nouvelle-Aquitaine (541.000), Paca (533.000), Grand Est (532.000), Hauts-de-France (437.000), Pays de la Loire (296.000), Bretagne (248.000), Normandie (231.000), Bourgogne-Franche-Comté (229.000) et Centre-Val de Loire (171.000).

Depuis septembre 2018, plus de 57.000 professionnels de santé ont facturé en moyenne 100 téléconsultations chacun.

26% des téléconsultations ont été effectuées, selon la CNAM, au bénéfice de patients en affection de longue durée (ALD) et 80% ont été facturées en tiers payant.

« Boostée par la crise, la téléconsultation ne réglera pas les déserts médicaux »

Alexandre Lechenet et la Gazette des Communes ont  eu accès aux données de Doctolib, une plateforme utilisée par de nombreux médecins pour faciliter la prise de rendez-vous et qui permet de realiser des consultations à distance. Selon les données de Doctolib, l’usage est  très inégalement réparti sur le territoire.

Ainsi, un tiers des médecins inscrits sur Doctolib et équipés de leur solution de vidéoconsultation exerce en Île-de-France. Et la moitié des téléconsultations via Doctolib depuis le début de l’épidémie, ont été faites depuis l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, alors que ces deux régions ne rassemblent que 30% des Français.

 « L’usage de la téléconsultation s’est donc démocratisé, mais elle n’est pas le remède efficace contre la désertification médicale, s’accordent à dire différents élus concernés contactés ; surtout si l’outil est envisagé seul », observe la Gazette des Communes.

«La téléconsultation ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, mais une clef d’entrée parmi d’autres », explique Gilles Noë,  le maire de Varzy (Nièvre), le maire. « On ne peut pas seulement attendre la télémédecine salvatrice, poursuit-il, il faut attirer des professionnels de santé, et pas seulement des médecins, sur le territoire». Il cite, par exemple, la possibilité pour des aides soignantes de réaliser les consultations à côté des personnes âgées dont elles s’occupent.

«La vraie solution, c’est de mettre les médecins sur les territoires», plaide cependant André Accary, le président du département de Saône-et-Loire, très sceptique sur les cabines de téléconsultations dans les mairies.

L’accès à Internet constitue un autre frein majeur ; d’ailleurs, la carte des déserts médicaux recouvre celle des zones les moins bien dotées en débit numérique.

Même une fois connecté, le parcours d’obstacle n’est pas terminé. «On se rend compte qu’il y a des freins à l’utilisation de la télémédecine, constate Caroline Span, co-directrice de la MedNum. « Les plus âgés ont des besoins d’accompagnement importants : besoin d’une adresse mail pour s’inscrire, l’identification du service de téléconsultation où trouver le médecin parmi les dizaines existants »…

Limites de la téléconsultation

Le 19 mai, dans une note consacrée à la Médecine de ville face à l’épidémie, publiée par le think Tank Terra-Nova, eux médecins généralistes pointaient les limites de la téléconsultation.

  • « L’absence d’examen clinique indissociable d’une consultation chez le médecin qui permet de faire le diagnostic et surtout d’évaluer la gravité n’est pas possible, ce qui peut introduire un biais dans l’évaluation de la situation du patient.
  • Certaines prescriptions sont impossibles à faire à distance : une réévaluation clinique est parfois indispensable notamment pour certains renouvellements de traitements chroniques chez des patients âgés ou vulnérables.
  • La fracture numérique : absence de connexion internet ou smartphone, manque de familiarité avec les nouvelles technologies, barrière de la langue, peuvent entraîner des ruptures de soins pour des personnes vulnérables, âgées ou précaires ».

La télémédecine, au-delà du cas extrême du Covid19 …

L’intérêt de ces outils de suivi à distance des patients ne se limite pas au cas extrême d’une pandémie, observe l’Institut Montaigne.

«Les soignants sont en train de s’équiper et de nombreux patients vont se familiariser avec la téléconsultation, ce qui permettra sans doute d’augmenter l’accès aux soins (…) La téléconsultation permettra sans doute à la France d’entamer le virage pour une médecine basée sur la prévention. En effet, dans un contexte de vieillissement de la population et d’explosion des maladies chroniques, le système de santé français va devoir orienter de plus en plus sa stratégie vers la prévention des maladies et l’accompagnement régulier des patients ».

Pour pérenniser cette pratique,  Doctolib,  formule cinq recommandations :

  • permettre aux professions autorisées à réaliser des consultations vidéo remboursées pendant l’épidémie de continuer après celle-ci (en particulier les infirmières, les sages-femmes, les masseurs-kinésithérapeutes et les orthophonistes)
  • créer une aide financière plus incitative pour encourager les professionnels de santé à utiliser la consultation vidéo
  • encourager l’usage des solutions sécurisées de consultation vidéo et mettre un terme au remboursement des actes réalisés via des solutions non médicales de consultation vidéo ou par téléphone, décidé à titre exceptionnel pendant l’épidémie
  • faciliter l’accès des patients à la consultation vidéo auprès de leur médecin généraliste et spécialiste
  • produire des indications de bonnes pratiques à destination des professionnels de santé et des patients pour les guider dans l’adoption de ce nouvel usage.

Pour Marie-Laure Saillard (MesDocteurs), interrogée par le site spécialisé TIC-Santé, « cette crise a considérablement raccourci les distances et abattu des cloisons entre les acteurs de la santé… Il s’agit à présent de transformer l’essai. La télémédecine ne doit pas rester une médecine de guerre”.

Une ordonnance publiée le 18 juin a prolongé le remboursement à 100% des actes de télémédecine par l’assurance maladie “jusqu’à une date précisée par décret, et au plus tard jusqu’au 31 décembre 2020”.

 

 

 

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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