Comment les musées, services des archives et la BNF « archivent » et « documentent »  la crise sanitaire

Publié par Mission Société Numérique
Expériences 08.06.2020

  Que restera-t-il du confinement ? Des photos, des vidéos, des e-mails, des dessins, des journaux intimes… Des les premiers jours cet isolement forcé,   musées, bibliothèques et médiathèques ont entrepris de rassembler des documents permettant de saisir au mieux la période inédite qu’a été le confinement. Des initiatives  d’autant plus inédite que les archivistes et conservateurs étaient  eux-mêmes confinés et en télétravail.

Pour l’historienne Annette Becker, spécialiste de la Première Guerre mondiale, toutes ces initiatives confirment « le tournant mémoriel et affectif » pris par la France depuis la Grande Collecte d’archives individuelles organisées lors du centenaire de la Grande Guerre, et celles organisées après les attentats de 2015 et 2016. « Il était temps que l’on comprenne qu’il n’y a pas que les textes qui comptent lors d’un grand événement. Plus on s’approche du quotidien, mieux on comprend la vie. Or, la vie, ce sont aussi les images, les objets… Le rôle de l’historien, c’est de tout analyser ensemble ».

Yves Rozenholc, professeur en sciences des données à l’université Paris-Descartes, promeut le projet d’un musée virtuel participatif baptisé Covid-19 Museum.

« Donner une mémoire à ce moment unique de l’histoire de l’humanité »  

Le MUCEM a lancé le 21 avril un appel à collecte « des traces de ce moment inédit. Proposez les objets ou documents qui pour vous, symbolisent, incarnent, traduisent votre quotidien confiné. Quels sont selon vous les objets qui parlent de la situation dans laquelle vous vivez, travaillez, passez le temps ou encore enseignez à vos enfants ? Quels objets traduisent la manière dont vous organisez vos sorties, vos relations avec les autres, proches ou lointains, chez vous et à l’extérieur, en France ou à l’étranger ? »

La Maison européenne de la photographie a lancé un concours “Fenêtre ouvertequi invitait à mettre en scène cette objet du quotidien qu’est la fenêtre.

Le Forum des images a lancé un appel à vidéos. Pour participer, il fallait, depuis chez soi ou à sa fenêtre, filmer en moins d’une minute un instant de vie en ces temps de confinement.

Le Club Innovation et culture France  (CLIC France) a recensé les initiatives des musées et lieux culturels  qui tentaient  « de donner une mémoire à ce moment unique de l’histoire de l’humanité ». 

Actualités 12.05.2020

Comment la BnF archive le web du coronavirus

La BNF sauvegarde la mémoire du confinement sur Internet

Dès  le 17 mars, l’équipe du dépôt légal numérique de la bibliothèque nationale de France (BNF) a entrepris d’archiver  les contenus en ligne en rapport avec le Covid et le confinement : sites internet, blogs, journaux de confinement, contenus publiés sur les réseaux sociaux, vidéos sur YouTube. L’équipe permanente du dépôt légal numérique a été renforcée par la veille de 50 bibliothécaires supplémentaires. Un réseau de correspondants de 26 bibliothèques territoriales et services d’archives a été activé, pour un affinage local des documents collectés

Environ 40 % de ce contenu sur le coronavirus provient des réseaux sociaux, estiment les bibliothécaires. La taille de cette collecte devrait se situer entre 8 et 10 téraoctets de données, selon la durée de l’épidémie.

 Ce travail de curation dédié au coronavirus stocké sur les serveurs de la BNF va être partagé avec le consortium International Internet Preservation Consortium (IIPC) pour contribuer à l’archivage international Novel Coronavirus outbreak, lancé en février 2020 en association avec Internet Archive. Une mémoire collective de la crise sanitaire à laquelle participe une trentaine de bibliothèques dans le monde.

Actualités 12.05.2020

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Actualités 01.05.2020

Mémoires du confinement : les archivistes à l’oeuvre pour documenter cette période inédite

Les services d'archives conservent la mémoire de la crise sanitaire

Cette initiative est née le 18 mars, aux Archives départementales des Vosges, avec un hashtag, #memoiredeconfinement, et une invitation à envoyer « vos témoignages, récits, photos […] ou vidéos », avec la promesse de les conserver « pour l’éternité ».

Une vingtaine d’autres services d’archives ont suivi, qu’ils soient municipaux ou départementaux, pour se joindre à une collecte très large, ouverte à tous (la plateforme France Archives en recense une grande partie).

Au sein de la plupart des services, une collecte aussi rapide et spontanée n’est pas une habitude, les archives s’inscrivant plutôt dans un temps long, a posteriori des événements.

L’usage qui sera fait de ces archives n’est pas encore précisément connu : « On ne sait pas ce que pourront en faire des universitaires dans plusieurs années. Pour notre part, on ne s’interdit pas de les valoriser dans un avenir proche, par exemple avec une exposition sur internet, une lecture à voix haute ou d’autres projets ».

 

Actualités 01.05.2020

Mémoires du confinement : les archivistes à l’oeuvre pour documenter cette période inédite

On archive aussi la manière dont les Français ont découvert le télétravail

Installées au cœur de Roubaix dans une ancienne filature,  les Archives nationales du monde du travail (ANMT) ont pour mission de collecter et valoriser les archives d’acteurs de la vie économique et professionnelle : entreprises, syndicats, comités d’entreprises. Les ANMT ont vite saisi  l’intérêt de documenter la situation actuelle pour les recherches du futur. « Nous sommes dans un contexte très particulier, où plusieurs millions de Français découvrent le télétravail de manière très soudaine et généralement avec les moyens du bord et leur matériel personnel ».

Comment les méthodes de travail (individuelles ou collectives) sont-elles touchées ? Qu’est-ce que cela implique dans le quotidien des travailleurs mais aussi dans celui des employeurs et des acteurs du dialogue social ? C’est à toutes ces questions que les archives du monde du travail vont chercher à répondre grâce à ces témoignages de toutes formes. « Cela peut être un mail expliquant comment ils ou elles travaillent en confinement, un enregistrement audio ou une vidéo, des photos de leur nouvel espace de travail, voire même une œuvre que cette situation leur aurait inspirée ». précise Marine Huguet, responsable du département des publics.

 

 

L’historienne Annette Becker met en garde contre une accumulation anarchique ou trop partielle : « Il ne faut pas collecter que le plus évident, sinon, on reste à l’écume des choses. Les rêves, les délires, par exemple, racontent beaucoup. Il ne faut pas non plus négliger ce qui peut sembler terre à terre, comme les lettres administratives de ceux qui ne peuvent plus payer leur loyer ou leurs impôts. C’est tout cela qui permettra d’établir une radiographie de la société».

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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