Pacte pour le numérique, Fing, #Act4New …. imaginent le numérique d’après

Publié par Mission Société Numérique
Éclairages 25.05.2020

Personne n’était préparé à une telle crise. Il a donc fallu improviser. Ces deux mois de confinement ont révélé   l’apport du numérique pour affronter une situation exceptionnelle.

Le confinement a prouvé que le travail pouvait être fait à distance, pour certains métiers  Des barrières sont tombées et les contraintes sont mieux connues. Le télétravail ne disparaîtra pas.

Pour désengorger les hôpitaux,  tout en facilitant le travail du personnel médical, on a vu un nouveau parcours de soins numérique se mettre en place  en quelques semaines.

870 000 enseignants  ont  basculé en quelques jours dans l’enseignement a distance. Ceux d’entre eux  dont les pratiques reposaient déjà sur des formats alternatifs de type classe inversée étaient mieux préparés.  L’enseignement à distance va continuer dans les prochaines semaines. la continuité pédagogique aura tenu lieu de laboratoire pour penser le futur de l’école.  

Cette mobilisation tout azimut  des outils numériques a aussi révélé un certain nombre de fractures : sociales (du fait du moindre équipement d’une partie des populations et de la difficulté d’embrasser de nouveaux usages),  professionnelles avec des personnels d’exécution qui se sont retrouvés rapidement en première ligne faut de pouvoir télétravailler.

Ce moment est celui des retours d’expériences. Celui du « témoignage» , selon Eric Sadin. « Celui qui narre les situations vécues depuis l’expérience du terrain, dans les lieux où les troubles de l’époque se font si cruellement sentir : les hôpitaux, les entreprises, les écoles, les ménages démunis, les êtres désœuvrés, les banlieues en déshérence… ».

Ce moment est aussi celui des appels à repenser le numérique.

Plutôt qu’une rupture, le confinement semble normaliser un état préexistant, en intensifiant le règne de la domination numérique sur nos vies

«Parmi les multiples conséquences du confinement – radicalisation des inégalités et dramatique récession – le plus surprenant n’est-il pas une certaine permanence des choses plutôt que leur bouleversement, s’interrogent Mariane de Douhet et  Stéphane Héliot dans Usbek & Rika.

Plutôt qu’une rupture, le confinement semble normaliser un état préexistant, en intensifiant le règne de la domination numérique sur nos vies (…)

 En somme, il  rompt moins avec les habitudes de l’homme numérique qu’il ne les prolonge : les échanges IRL étaient déjà largement façonnés par les réseaux sociaux, les communautés familiales et amicales existaient surtout grâce à leurs groupes WhatsApp. Pour une majorité de la société, le partage du virtuel – même minimal – était déjà une seconde nature. Le confinement a beau être un moment indéniablement inédit, il achève surtout la victoire des plateformes numériques sur la vraie vie – cette concurrente déjà mal en point dont le virus aura achevé et révélé défaite. Nous avions le choix d’utiliser les réseaux sociaux, nous y sommes désormais contraints (si l’on ne veut pas totalement s’isoler)….

Si économiquement le confinement cause de graves difficultés, existentiellement il semble moins révolutionner que parachever les perspectives de l’humain connecté. Sa radicalité, aussi, tient ainsi moins à son caractère exceptionnel qu’au point d’aboutissement auquel il porte cette disposition digitale de l’homme contemporain. Et ce en en masquant les éventuelles nuances : si le partage numérique est, en France, majoritaire, les capacités d’utilisation de ces nouvelles technologies ne sont, elles, pas également partagées».

FING : La crise actuelle nous encourage à réinventer le numérique

A la Fing nous sommes, comme beaucoup  fragilisés par cette situation imprévue, observe Jacques-François Marchandise, Mais nous sommes confortés dans la mission qui est la nôtre et que nous avons construite avec vous : questionner le numérique d’aujourd’hui dans la perspective du monde de demain.

La nouvelle expédition Numérique tous risques, imaginée en 2019 et que nous engageons ce printemps, questionne précisément les relations aux risques, crises et catastrophes, en prospective mais avec des terrains bien réels, avec pour ambition de forger des pistes pour l’avenir.

Les trois programmes que nous portons en ce moment sont réactualisés.

  • Parce que les données personnelles sont un enjeu fort de la crise, le self data, à échelle territoriale comme à celle, mondiale, de mydata.org, est un champ de travail majeur pour les acteurs de la ville, de la santé, de l’éducation.
  • Parce que la maximisation des profits dans un monde à ressources limitées est pour l’innovation une approche obsolète et dangereuse, l’innovation à impact est plus que jamais un champ à travailler et renforcer (Innovation Facteur 4), et la transition écologique un horizon qui doit modifier le numérique et en faire usage.
  • Parce que les inégalités sociales sont aggravées par la crise et posent des questions d’équité scolaire, de disparités territoriales ou d’isolement, et parce que la dématérialisation est porteuse de potentiels et de difficultés, le travail sur un numérique capacitant (Capacity Lab) est une nécessité impérieuse.

Pacte pour le Numérique : les 7 propositions du Cigref, Syntec Numérique, Syntec Conseil et Tech in France

Pour le Cigref, Syntec Numérique, Syntec Conseil et Tech In France,  « le numérique a été l’un des principaux amortisseurs de la crise économique, il sera le principal moteur de sa relance sous réserve de certaines conditions qu’elles se sont attachées à identifier. »

Les quatre associations  appellent « les pouvoirs publics, les organisations syndicales et patronales représentatives, et les forces vives de la société française, à se saisir du  Pacte pour le numérique pour le mettre en oeuvre au service d’une triple ambition : sortir de la crise, relancer l’économie et agir pour le futur ».

  • Instaurer une autorité interministérielle du Pacte pour le numérique.
  • Étendre le dispositif de suramortissement fiscal numérique à toutes les entreprises et à tous les projets de modernisation numérique, pour les investissements réalisés sur la période 2020-2022, et créer un crédit d’impôt pour la transformation numérique.
  • Cibler les investissements publics et privés dans le numérique en fonction de critères d’indépendance stratégique, de sobriété numérique, de résilience et de protection.
  • Refondre le rationnel de l’activité partielle afin de doter ce dispositif de crise de la capacité à préserver l’activité en même temps que l’emploi.
  • Soutenir l’emploi des jeunes diplômés, renforcer la formation et promouvoir la mixité.
  • Développer des actifs numériques stratégiques afin de réduire la dépendance technologique de l’Union européenne et renforcer la confiance dans le cyberespace.
  • Inventer les nouvelles formes de travail.

#Act4New : pour identifier les problématiques de l'après confinement

« Alors que l’ensemble de la planète est touchée par l’épidémie de Covid-19 et qu’aucun secteur d’activité n’est épargné, la question de l’après-confinement et les possibles nouvelles vagues se pose. Le numérique apparaît comme un levier, par les innovations qu’il entraîne comme par les usages qu’il permet, pour préparer et organiser l’après confinement, prévenir de nouvelles vagues de contagion et participer à la relance post-crise ».

Syntec Numérique et ses partenaires organisent l’initiative  : un idéathon  (une collecte des idées pour identifier les problématiques de l’après confinement) et  un hackathon.

  • Comment se déplacer dans un contexte Covid-19 ?
  • Quelle relation client dans ce contexte de Covid-19 ?
  • Comment aider à la reconversion ou la formation des équipes en chômage partiel ?
  • Vie professionnelle et scolaire à la maison: Quels services ? Quelle place pour le numérique pour concilier les deux ?
  • Circuits courts et produits périssables ? Quel rôle peut jouer le numérique pour soutenir cette économie ?
  • Comment rendre le télétravail pérenne, efficace, créateur de liens et de valeurs dans la durée ?

Crise ou pas crise, nous avons tout le temps besoin d’un savoir ouvert

Dans ce moment de crise, observent Lionel Maurel (Directeur Adjoint Scientifique, InSHS-CNRS), Silvère Mercier (engagé pour la transformation de l’action publique et les communs de capabilités), Julien Dorra (Cofondateur de Museomix), nous redécouvrons de manière aigüe l’importance de l’accès au savoir et à la culture. Et nous constatons, avec encore plus d’évidence, les grandes inégalités qui existent parmi la population dans l’accès à la connaissance. Internet, qui semble parfois ne plus être qu’un outil de distraction et de surveillance de masse, retrouve une fonction de source de connaissance active et vivante. Une médiathèque universelle, où le partage et la création collective du savoir se font dans un même mouvement.

Face à cette situation exceptionnelle des institutions culturelles ou de recherche, rejointes parfois par des entreprises privées, font le choix d’ouvrir plus largement leurs contenus. On a pu ainsi voir des éditeurs donner un accès direct en ligne à une partie des livres de leur catalogue. En France, plusieurs associations de bibliothèques et d’institutions de recherche ont demandé aux éditeurs scientifiques de libérer l’intégralité des revues qu’ils diffusent pour favoriser au maximum la circulation des savoirs et la recherche. Aux États-Unis, l’ONG Internet Archive a annoncé le lancement d’une National Emergency Library libérée de toutes les limitations habituelles, qui met à disposition pour du prêt numérique 1,4 millions d’ouvrages numérisés.(…)

Quand l’apogée de cette crise sera passée en France, devrons-nous revenir en arrière et oublier l’importance de l’accès libre et ouvert au savoir ? Aux données de la recherche ? Aux enseignements et aux manuels ? Aux collections numérisées des musées et des bibliothèques ?

Les quatre auteurs de ce manifeste proposent, en conclusion,  que l’Etat engage, dans le prolongement du  Plan National pour la Science Ouverte,  une démarche de même nature : des plans nationaux pour la Culture Ouverte, pour l’Éducation Ouverte, pour la Santé Ouverte.

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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