Télétravail ou travail confiné ? Observations et premiers constats

Publié par Mission Société Numérique
Expériences 02.05.2020

Le confinement accélère et démultiplie la pratique du travail à distance qui avait déjà connu des phases d’accélération avec les grèves de la fin 2019.

Depuis deux semaines, des millions de personnes rendent des services, produisent des contenus, organisent des réunions, des cours, etc. depuis chez elles.

La particularité de ce travail à distance est qu’il n’est pas choisi ; il a été mis en place de façon précipitée, sans réelle préparation et il place de nombreux salariés dans une situation radicalement nouvelle.

La nouveauté tient également au fait de travailler à distance à temps plein alors que beaucoup de télétravailleurs le pratiquaient jusqu’ici de manière occasionnelle. Elle tient aussi aux conditions de ce travail à distance : chez soi, avec les siens à proximité, dans des espaces qui ne sont pas prévus pour cela et un équipement pas forcément adapté.

Plutôt qu’un véritable télétravail ou travail à distance, ce que vivent ces travailleurs à domicile s’apparente davantage à ce que l’on pourrait appeler “le travail confiné”.

De 20 % à 34 % des actifs travailleraient à domicile

Selon la seconde vague de l’enquête IPSOS pour le CEVIPOF, menée auprès de 2 000 répondants les 23 au 25 mars 2020, donne un aperçu de la situation en termes d’emploi.

Si 39 % des personnes interrogées indiquent avoir arrêté de travailler, 27 % d’entre elles continuent de travailler en dehors de leur domicile : 34 % d’entre elles travaillent à domicile.


La situation des cadres supérieurs contraste, pour l’instant, avec celles de l’ensemble des autres catégories professionnelles : 66 % d’entre eux travaillent à domicile

Le travail confiné ne concernerait que % des 15 % des indépendants, 34 % des professions intermédiaires, 30 % des employés et 5 % des ouvriers.

Selon une autre enquête, réalisée du 25 au 30 mars 2020, auprès de 3 000 personnes confinées par Odoxa-Adviso Partners pour franceinfo, France Bleu et Challenges, ce sont 20 % des actifs qui pratiqueraient désormais le télétravail à temps plein.

« Alors que les cadres ont pu conserver leur travail et l’exercer confortablement en télétravail (57 %), les catégories populaires l’ont, soit perdu, soit se trouvent contraintes de l’exercer en « présentiel ».

D’après cette enquête, 4 % alternent entre télétravail et présence sur leur lieu de travail habituel.

Cette enquête met en relief des écarts importants selon les régions : 41 % des actifs télétravailleraient en Ile-de-France contre seulement 11 % en Normandie.

Reprise de l'activité : vers une mise à niveau des compétences numériques des salariés ?

Une note d’analyse, publiée par France Stratégie, propose une typologie inédite des métiers dans la crise en cinq groupes.

  • Les métiers que l’on peut qualifier de « vulnérables de toujours » conjuguent une diffculté à travailler à distance et des statuts souvent précaires (un sur cinq exerce en CDD ou en intérim). Ces 4,2 millions de travailleurs, majoritairement des hommes, artisans et ouvriers de l’industrie et du bâtiment, sont traditionnellement confrontés à des conditions de vie et de travail diffciles.
  • Les « nouveaux vulnérables » (4,3 millions d’emplois) affrontent une crise inédite liée à l’exercice même de leur métier qui les met en contact avec le public. Leurs activités sont ralenties, voire interdites, et leur statut les fragilise (31 % de contrats intermittents ou d’indépendants en solo).
  • Les 10,4 millions de professionnels directement ou indirectement sur le « front » sont ceux dont les activités apparaissent essentielles dans cette crise. Ce sont tous les métiers de la santé, de l’éducation, de la propreté, de l’alimentaire et de sa distribution, et les professions régaliennes. Parmi les plus mal rémunérées et davantage occupées par des femmes, ces professions sont exposées à une intensification du travail.
  • Nombre de professions intermédiaires ou d’employés qualifiés (4 millions d’emplois), le plus souvent en inactivité partielle, sont protégés du licenciement à court terme par leur statut. Mais leur difficulté à télétravailler les expose à des risques d’éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation.
  • Cinquième groupe, les télétravailleurs, cadres principalement (Près de 4 millions d’emplois). « S’ils poursuivent leur activité à domicile, ils n’en sont pas moins contraints à la fois par la garde de leurs enfants et par la nature de leur logement  et leur lieu d’habitation (grandes villes versus milieu rural ou petites agglomérations). Télétravailler confiné est plus difficile pour ceux qui vivent dans des appartements de grandes villes, plus exigus en moyenne en raison du prix du foncier, et qui ont la charge, à plein temps du fait de la fermeture des écoles, d’au moins un enfant de moins de 15 ans ».

Avec la reprise de l’activité, une mise sous tension accrue pour les télétravailleurs

38 % des cadres travaillaient déjà habituellement à leur domicile contre 20 % dans l’ensemble des métiers). Leur statut d’emploi (près de 90 % sont en CDI ou indépendants avec salariés) leur permettent de continuer d’assurer leurs responsabilités professionnelles.

Alors que les cadres de la fonction publique et de la banque et de l’assurance ont dû pallier les effets directs du confinement sur la santé publique et le système financier et bancaire, les cadres de l’industrie et du commerce préparent plutôt aujourd’hui les modalités de la reprise d’activité.

« La difficulté d’organiser cet effort collectif à distance et la tendance à l’hyperconnectivité pour répondre aux urgences exposent les cadres à une dégradation de leurs conditions de travail, aggravée par la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle. Or ces métiers ont déjà les plus fortes intensités de travail et de charge mentale en France. Avant même le confinement, 81 % des cadres et jusqu’à 86 % des cadres des transports et de la logistique déclaraient avoir des quantités de travail excessives, contre 64 % pour l’ensemble des professions. Ils étaient également près de la moitié à déclarer devoir travailler sous pression (50 % contre 34 % pour l’ensemble des professions)».

Vers une mise a niveau des compétences numériques des salariés

L’accélération des transformations organisationnelles et de a diffusion de technologies numériques induites par le confinement  nécessitera, selon France Stratégie, avec la reprise de l’activité  « des adaptations à la fois pour tenir compte des innovations, pour repositionner les tâches et les hiérarchies bouleversées par la distanciation sociale » ainsi qu’une mise à niveau des compétences numériques des salariés.

#Montravailàdistance : une plateforme recueille les témoignages et engage le débat

La CFDT, trois think tanks (Terra Nova, Metis et Res publica)  et le cabinet Management & RSE lancent conjointement  une plateforme,  #Montravailàdistance, pour recueillir les témoignages et animer le débat entre participants.

Le but de cette initiative est de « transformer l’expérience issue du confinement en opportunité pour transformer le travail ». Selon les partenaires, il s’agit de « faire de chacun d’entre nous un acteur de ce nouveau travail qui se construit, parfois dans une organisation très anticipée, souvent dans les ajustements et les bricolages que nous inventons en marchant ».

Les initiateurs du #Montravailàdistance en sont convaincus : « l’expérience contrainte du de travail confiné (un Canada dry du télétravail), va générer des avancées… Elle va sans doute faire progresser l’autonomie, accélérer le mouvement vers un management reposant davantage sur l’adhésion et le soutien. Elle va mettre en relief des irritants du travail : infobésité, réunions à l’utilité discutable, etc.».  

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.