Continuité pédagogique : un laboratoire pour repenser l’école

Publié par Mission Société Numérique
Expériences 20.03.2020
Actualités 06.03.2020

Coronavirus : le CNED lance “Ma classe à la maison” pour suivre des cours à distance

Les premiers jours de mise en place de la continuité pédagogique ont soumis le dispositif Classe à la maison à rude épreuve.  Ils ont donné  lieu à un flot de commentaires sur les réseaux sociaux.

Les enseignants ont tenté de contourner les difficultés, parfois en ayant recours à des outils moins attendus que prévu, comme Snapchat ou Record.

Le dispositif “Classe à la maison soumis à de fortes pressions

Le 17 mars, le ministère de l’Éducation a fait le point sur les moyens techniques permettant d’assurer la continuité pédagogique durant la période de confinement liée à l’épidémie de Covid-19, mardi 17 mars 2020.

« Lors du déploiement lundi 16 mars du dispositif de continuité pédagogique dans les écoles, collèges et lycées, il a pu être constaté par des professeurs et des élèves se connectant à l’ENT (espace numérique de travail) de leur établissement ou à l’une des trois plateformes “Ma classe à la maison” du CNED, des difficultés liées à des phénomènes de saturation survenus en ce premier jour de mise en place. Comme toute situation nouvelle, elle nécessite un temps d’adaptation et d’appropriation de nouvelles façons de travailler»

«Ma classe à la maison» monte en puissance.

Mardi matin, 1,3 million de comptes étaient créés, dont 188 711 par des professeurs, soit 600 000 connexions ces dernières 24 heures.

« Le service CNED, Ma classe à la maison n’a pas rencontré de difficultés de fonctionnement depuis son ouverture. Le seul désagrément tient au délai de l’envoi de mel de confirmation de l’inscription, ce point est en cours de résolution. En revanche la consultation de site CNED.fr (qui n’est pas la porte d’accès à Ma Classe à La Maison) a été multipliée par 20, ce qui qui génère des difficultés d’accès à ce service. Ce point de vigilance est  sans incidence sur le fonctionnement de Ma classe à la maison».

«A ce stade, rapporte le Ministère, les retours confirment qu’il n’y a pas de problème de capacité et que la montée en puissance du dispositif n’a connu aucun incident majeur. Des microcoupures de quelques minutes peuvent se produire, elles sont dues à des opérations de maintenance permettant le fonctionnement optimal du service».

«Par ailleurs les services Jules (compagnon virtuel), English for School et Deutsch für Shulen ont eux aussi été très mobilisés depuis lundi».

«Les ENT sont effectivement soumis à une forte pression et des cas de lenteurs ou d’arrêt du service temporaires sont signalés. Les collectivités territoriales sont sensibilisées à la nécessité de travailler avec leurs prestataires pour améliorer leur offre. Les prestataires d’ENT interrogés assurent qu’un fonctionnement opérationnel est prévu dès ce milieu de semaine. Des permanences existent dans les établissements scolaires et les recherches de solutions se font aussi au niveau local. Un soutien est apporté si nécessaire par les services ministériels ». 

Actualités 06.03.2020

Coronavirus : le CNED lance “Ma classe à la maison” pour suivre des cours à distance

Les acteurs de l'éducation numérique mettent à disposition gratuitement manuels et ressources en ligne

Les principaux éditeurs de manuels numériques, réunis au sein de l’association « Éditeurs d’Éducation »  ont décidé le 12 mars de mettre  gratuitement leurs manuels numériques à la disposition de tous les élèves. « Chaque éditeur informera sur son site et/ou ses réseaux sociaux des modalités pratiques de mise en œuvre de cette décision collective ».  Nathan et Pearltrees Education annoncent par exemple offrir aux « lycées utilisateurs de la plateforme Pearltrees Education » des manuels « granulaires » jusqu’à la fin de l’année scolaire.Les Editions Retz, Bordas et Le Robert mettent  « à disposition des élèves confinés et leur famille une consultation gratuite de l’ensemble de leurs manuels du CP à la 3e (toutes disciplines) ».

Les entreprises de la filière EdTech  mettent, depuis le 16 mars, à disposition, gratuitement et sans conditions, des ressources et outils numériques à destination des établissements, des enseignants, des familles et de tous les apprenants. » La liste de ces offres solidaires (ici)  continuera de s’enrichir au fur et à mesure. Cette mobilisation  concerne également les espaces numériques de travail mis en œuvre en partenariat avec les collectivités locales.

ARTE a mis gratuitement ses ressources pédagogiques à la disposition des enseignants et de leurs élèves, via sa plateforme Educ’ARTE, un catalogue de 1300 contenus, ainsi que des outils interactifs pour se les approprier. Tous les contenus sont classés par niveau et par matière, pour les collèges et tous les types de lycées. Les vidéos peuvent être visionnées en français, en allemand ou en anglais pour aider à l’apprentissage des langues. Ce service multilingue vient ainsi compléter et enrichir l’offre grand public de l’audiovisuel public LUMNI.

Les bibliothèques de la Ville de Paris mettent en ligne gratuitement cours, vidéos et exercices interactifs de soutien scolaire et proposent un  service de soutien scolaire interactif. Du français à l’anglais, des mathématiques à la philosophie, de la physique à l’histoire, cette offre de soutien scolaire en ligne met à disposition des élèves de CP jusqu’à la terminale et au BAC pro, des cours vidéos, des exercices et des quizz interactifs et toute une série d’outils multimédia (dictionnaires, annales corrigées, planning de révision didactique ou encore e-cahier de vacances…).

Des émissions éducatives à partir du 23 mars .A compter du 23 mars, France 4 diffusera des cours réalisés avec des enseignants de 9 heures à 17 heures. De 9 à 14h ce sera des émissions pour les écoliers : lecture et maths de Cp et Ce1 à 9 heures, de 10 à 11h programme des maternelles, 14 à 15h maths français pour les collégiens, 15 à 16h programme des lycéens (maths, français, histoire, anglais) et 16 heures émission pour les Cm1 Cm2.

Entraide entre enseignants sur les réseaux sociaux

Sous le titre Quand les profs réinventent la profession, Café Pédagogique rapporte les difficultés que rencontrent les enseignants. « Faire classe à ses élèves à distance, avec des moyens techniques qui ne sont pas toujours au rendez-vous du côté des parents mais aussi du côté des profs, n’est vraiment pas évident. Pour certains, pourtant, c’est plus simple que pour d’autres. Ceux qui utilisent les outils numériques depuis longtemps n’ont pas, en plus du reste, à se familiariser avec celui-ci. Pour les autres, trouver une solution numérique en urgence, contacter les parents, leur transmettre un guide d’utilisation, voilà qui a occupé une bonne partie de ces deux derniers jours».

« Sur les réseaux sociaux, rapporte Café Pédagogique,  l’entraide entre les enseignants se multiplie : partage de ressources en ligne, conseils d’emploi du temps à mettre en place… Beaucoup d’enseignants partagent leurs différentes productions ». 

« Sur Facebook, ce sont aussi des collectifs d’enseignants qui s’échangent leurs supports numériques mais qui se soutiennent aussi moralement pour éviter l’isolement. Le groupe « Directeurs et directrices d’école : entraide et partage de ressources », par exemple, est le lieu où les directions d’école confient leur difficulté à faire vivre la continuité pédagogique mais aussi s’interrogent sur leurs obligations. Dans un autre, « PE maternelle », les propositions d’activités foisonnent».

« Les enseignants, conclutCafé Pédagogique,  prouvent encore une fois la force de leur collectif, leur capacité à se réinventer mais aussi leur conscience professionnelle qui ne fait pas défaut en ces temps plus qu’improbables il y a quelques semaines».

Un collectif pour soutenir la continuité pédagogique

Un collectif a pris l’initiative de créer une plateforme,  continuitepedagogique.org, afin de  mobiliser massivement des personnes dotées de compétences numériques, pour aider les enseignants en demande de conseils à se former à l’usage d’outils en ligne.

« La mobilisation de la communauté éducative depuis le 13 mars prouve – s’il en était besoin – l’énorme engagement des enseignant·es, leur expertise et leur volonté de faire vivre les liens éducatifs avec tous leurs élèves.  (…) Nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, pour assurer la continuité du service public d’éducation, à partir de celles et ceux qui la font : les 880 000 enseignant·es de France.

Organisée autour d’un recensement des compétences numériques, techniques et pédagogiques, de la mise en relation avec des enseignant·es qui le demandent, ainsi que d’un calendrier partagé de sessions d’échanges de pratiques, la plateforme continuitepedagogique.org veut aider les enseignant·es à répondre facilement, rapidement et efficacement à leurs besoins immédiats de formation».

la classe "hors classe": un laboratoire pour repenser l’école à l’ère du numérique...

Dans The Conversation, Jean-François Cerisier, Professeur de sciences de l’information et de la communication, Université de Poitiers, s’interrogeait, le 17 mars, sur le dispositif de continuité pédagogique.  « Il y a plusieurs façons de penser l’éducation hors de l’école et voilà des années que le numérique bouscule tous les formats pédagogiques. L’école ne s’est pas pleinement saisie des nouveaux modes d’accès à l’information et des nouvelles façons d’apprendre qu’il instaure. Pourtant, le plan de continuité pédagogique annoncé par le ministre répond à une logique de substitution du numérique aux cours classiques, à travers des outils visant à reproduire au mieux à la maison les conditions de l’apprentissage au sein des établissements scolaires».

Il s’interrogeait, notamment,  sur « la verticalité du processus qui ignore notamment la réalité et les nécessités de l’inventivité pédagogique de terrain. Si le ministre de l’Éducation nationale tient un discours ferme et pertinent sur la nécessité d’adosser les pratiques pédagogiques à la recherche, il est impossible d’ignorer que les pratiques pédagogiques, quand bien même bénéficient-elles de cet indispensable accompagnement scientifique, s’inventent sur le terrain».

S’agissant des élèves, « il est difficile d’imaginer qu’ils trouveront tous à la maison les conditions favorables que leur offre l’École. Apprendre suppose une ambiance propice et une organisation qui limite la distraction et apporte une aide et un accompagnement personnalisé. En l’absence du cadre scolaire qui a justement été pensé à cet effet, il y a fort à parier que seule une fraction des élèves saura maintenir l’attention nécessaire à des activités d’apprentissage qui en réclame beaucoup et saura déjouer toutes les difficultés des apprentissages». 

Se pose aussi, selon Jean-François Cerisier, la question des compétences. « Compétences techniques bien sûr, avec un trompe l’œil qui laisse penser aux adultes que les plus jeunes sont plus compétents dans l’utilisation des techniques numériques qu’ils ne le sont en réalité et que la distribution de ces compétences est fortement corrélée à des variables sociales. Compétences non numériques également comme celles de gestion du temps, de planification des tâches ou d’organisation des documents qui sont déterminantes et dont l’absence est souvent compensée à l’École par l’accompagnement des enseignants».

« Finalement, conclut-il, « plutôt que d’essayer de reproduire à la maison l’école avec sa forme scolaire héritée de Condorcet, la pandémie de Covid-19 pourrait être et sera peut-être un magnifique laboratoire pour repenser l’école à l’ère du numérique».

Entre augmentation des inégalités éducatives et transformation pédagogique 

Pour Pascal Plantard, professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques, le 17 mars, dans une tribune publiée par Le Monde,  la classe « hors la classe » pose deux grandes questions : quels sont les principaux obstacles ? Quels accompagnements pour les enseignants dans cette transformation pédagogique et numérique ?

Côté élèves :  « les enquêtes s’accordent sur le fait que la jeune génération est fréquemment connectée pour des activités relationnelles ou ludiques, mais rien ne garantit une utilisation experte des technologies. Beaucoup de jeunes se contentent de consommer les services numériques avec peu de recul. Pour l’accompagnement scolaire en situation de télétravail, les familles vont se confronter à la concurrence des plates-formes de jeu, de streaming et de réseaux sociaux (Fortnite, Netflix, TikTok, Snapchat, Instagram, etc.) structurées par l’économie de l’attention. (…) Si certaines familles favorisées sont actives dans la régulation des pratiques numériques des jeunes, en particulier pour préserver le temps des devoirs, les familles populaires s’en dessaisissent largement»..

Côté enseignants: « ils sont, en 2020, encore trop peu nombreux à intégrer des pratiques qui dépassent l’illustration d’un cours par un diaporama». On va rencontrer, selon Pascal Plantard, trois catégories d’enseignants : « dans des établissements équipés et connectés, avec des familles plus ou moins à l’aise avec le numérique, on va trouver des enseignants qui travaillent déjà en équipe et sur des projets collectifs, communiquent avec les élèves et les familles en ligne et mettent de nombreuses ressources à disposition sur l’ENT. Dans la deuxième catégorie, on va trouver des enseignants qui ont intégré l’ENT et le diaporama et doivent faire de même avec l’enseignement à distance et les autres dimensions du numérique, dans la continuité des apprentissages. Enfin, des enseignants qui ont tout découvert lundi matin. L’éducation nationale va devoir compter sur les dynamiques d’entraide et de formation entre pairs de ces trois catégories».

« Même si la question du pilotage national de cette transformation reste posée, conclut Pascal Plantard,  il faut avoir confiance dans le sens du service public des collègues mobilisés pour affronter cette crise (…) Gardons l’espoir qu’elle nous permettra de véritablement transformer les modèles pédagogiques dominants et ségrégatifs de notre école».

Premiers enseignements

Bruno Devauchelle tire, sur Café Pédagogique, les premiers enseignements de cette première semaine d’enseignement à distance.

« Après les effets d’annonce, la réalité commence à s’imposer. D’abord, comme d’habitude une grande partie des gens ne parviennent pas à se connecter soit parce que tout le monde essaie d’y aller en même temps, soit parce que on a oublié ses codes d’accès, soit encore parce que, à la maison, on ne sait pas comment faire pour accéder à ce que les enseignants tentent de nous faire passer, soit enfin parce que nous n’avons simplement pas les moyens matériels d’accéder à ce qui nous est imposé et/ou proposé».

« Cette première semaine est l’occasion d’observer plusieurs attitudes et comportements. Il y a ceux qui ont peur de ce qui va se passer alors qu’ils ont pensé que tout était prêt. Il y a ceux qui ont découvert avec effarement le vide d’accompagnement, l’abandon qu’ils ont vécu. Il y a ceux qui, bien au contraire, ont eu le soutien qu’ils attendaient. Les plus nombreux ce sont les “bricoleurs” de solution à portée de la main». 

« Bon la situation est difficile et chacun à son niveau essaie de trouver des remèdes au risque de rupture dans les dynamiques installées depuis le mois de septembre». 

« Du côté des familles et des élèves, il y a beaucoup à analyser. Là aussi ça part dans tous les sens et les médias en apportent des témoignages qui aident malheureusement peu à comprendre réellement ce qui se passe».

«La grande majorité des élèves et des parents tente simplement de s’adapter et de ne pas se laisser aller à la dérive».

« On pourrait souhaiter que le confinement dure longtemps (quatre semaines au minimum) pour voir enfin des changements réels de façon de faire. Malgré les dénis de nombre de décideurs, nous n’étions pas prêts à affronter une crise comme celle-là, et c’est normal au vu du système et de la forme scolaire. Fort heureusement il y a des possibilités à explorer, mais il faudra plus longtemps pour qu’elles s’institutionnalisent».

« Le risque est qu’au retour les vieilles habitudes prennent le dessus et que nous soyons à nouveau amnésiques, comme souvent en éducation».

« Pour l’instant, appelons chacun à la modestie et au réalisme : on fait ce qu’on peut, on bricole, mais surtout on tente d’offrir au principe de la continuité du service public une véritable identité, un véritable contenu». 

Mission Société Numérique

La Mission Société Numérique est une mission d’appui aux collectivités et aux acteurs de proximité sur les questions liées au numérique. Elle met en œuvre un programme d’actions pour favoriser l’autonomie et la capacité de tous à saisir les opportunités du numérique et favoriser le développement numérique des territoires. Elle pilote les plans “Numérique Inclusif” et “Tiers-Lieux” du Gouvernement.

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Commentaires

  1. Louis Derrac - Sélection d'articles pour réfléchir à la continuité pédagogique 27.03.2020

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