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Service civique : les jeunes volontaires contribuent à l’appropriation du numérique par les associations

L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et l’Agence du service civique ont commandé une étude en vue de « saisir la manière dont les associations utilisent l’engagement de service civique et à mesurer les effets du service civique sur les structures associatives ».

Cette étude ne portait pas spécifiquement sur la dimension proprement numérique des missions confiées par les associations aux jeunes volontaires.

On sait, cependant, qu’un nombre croissant de jeunes volontaires se voient confier des missions en rapport avec le numérique : qu’il s’agisse d’accompagner ou de former des personnes éloignées du numérique ou encore de développer des projets numériques au sein des associations qui les emploient.

Début juillet, près de 6 % des 2 600 missions et des 90 000 postes proposés sur le site de l’Agence du service civique utilisaient le terme « numérique » (« Jeunes citoyens du numérique », « Ambassadeurs du numérique », « favoriser l’accès au numérique des publics seniors », « Favoriser l’expression d’une citoyenneté active par le numérique », « Favoriser un usage responsable du numérique » « Accompagner le public usager dans l’utilisation des nouveaux outils numériques », « faciliter l’inclusion numérique », « facilitateur numérique et lien social »). Ou de termes comme « internet », «cybercitoyenneté », « logiciel », « digital »  ou encore « informatique » .

Si la majorité de ces missions sont tournées vers le public, un certain nombre d’entre elles recouvrent des activités plus directement opérationnelles comme la création et le développement d’un site internet, la participation au déploiement d’un logiciel ou le soutien à l’animation de réseaux sociaux.

Si l’étude de l’INJEP ne portait pas spécifiquement sur la dimension proprement numérique des missions confiées par les associations aux jeunes volontaires, cette composante numérique des missions affleure toutefois de manière récurrente dans les propos tenus par les responsables associatifs et les jeunes volontaires, interrogés par les auteurs de l’étude. L’étude accorde, en effet, une large place aux « verbatims » des personnes rencontrées au cours de l’enquête.

Ces verbatims dressent, en creux, un tableau de la manière dont les jeunes volontaires contribuent au développement des activités et des projets numérique des associations.

La motivation mais aussi les compétences numériques comme critère de sélection des candidats

Source : Tableau de bord de la vie associative 2019

Le mode de sélection des volontaires s’inspire souvent de celui du monde du travail salarié, observent les auteurs de l’enquête, « prenant ses distances, sous certains aspects, avec les principes institutionnels régissant l’usage du dispositif ».

  • « Après, oui, on se base essentiellement sur les motivations. C’est sûr qu’une mission numérique, celui qui a fait une licence autour du numérique, c’est tout de suite un peu plus intéressant ». (Dylan, tuteur, centre socioculturel)
  • « J’ai choisi de faire un service civique, parce que c’est la première offre qui s’est présentée à moi, tout simplement. […] En fait, je cherchais dans le milieu informatique. J’ai cherché un peu partout. Ils demandaient un bac + 3 ou un bac + 2, ou des stages. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de faire des stages, mais de travailler, de découvrir le monde professionnel. » (Clément, volontaire, centre social)

Le service civique, un levier pour l’appropriation et l’expérimentation numériques dans les associations

Il apparaît, ainsi, a la lecture de ces verbatims, que le recrutement de jeunes volontaires ayant une culture numérique permet à des associations de concrétiser un projet numérique ou le déploiement de nouvelles activités auprès de ses usagers.

  • « Il ne faut pas se voiler la face, le fait d’accueillir des jeunes volontaires, c’est aussi permettre à l’association d’avoir des leviers […] Là, on a notamment des jeunes adultes qui sont un peu à l’aise dans tout ce qui est le numérique. Assez rapidement, ils sont devenus animateurs sur des actions tablettes avec les seniors et ce genre de choses. » (Pierre, directeur d’un centre socioculturel.)
  • « sur l’environnement informatique (la principale mission du volontaire consiste en l’animation d’ateliers numériques pour aider les publics seniors à utiliser des tablettes tactiles), nous n’avions pas forcément de besoins précis au départ, et l’idée était d’avancer en s’adaptant aux besoins ». (Paul, directeur d’un centre social)
  • « Ben, j’aide les stagiaires en formation professionnelle quand ils ne comprennent pas quelque chose… je leur fais des photocopies pour qu’ils puissent faire des exercices et quand il n’y a pas de corrigé, je les corrige moi-même. […] J’interviens… enfin, quand ils [les formateurs] a un groupe et qu’ils ont besoin de quelqu’un… par exemple il y a une personne en informatique qui ne sait pas s’en servir, elle va m’appeler pour que je vienne voir la personne et que je l’aide. […] Ça se passe bien. Elles me demandent des choses, je les fais, j’y vais… » (Pauline, volontaire, organisme de formation)

Dans un certain nombre de cas, les dirigeants de certaines structures d’accueil utilisent le dispositif du service civique comme un levier pour innover et tester de nouvelles activités .

  • « Et puis, il y avait également l’idée d’un musée virtuel sur laquelle nous n’avons pas encore vraiment travaillé, ainsi que l’idée d’initier un peu ces seniors à l’utilisation des tablettes, avec des tablettes adaptées. Cela relève de l’informatique, et nous avons pensé qu’un jeune doté d’une compétence technique serait tout à fait approprié. Clément a les compétences techniques et il est intéressé par le public des seniors. Nous avons donc mis en place les premiers ateliers sur les tablettes numériques. […] Je considère que c’est un terrain d’expérimentation pour nous, certes, mais aussi et surtout pour eux, autant que faire se peut, donc qu’il soit valorisant pour eux, il faut qu’ils s’amusent, il faut qu’ils fassent des trucs. » (Paul, directeur d’un centre social)
  • « Là, on va créer un espace numérique avec un fab lab. Ceux qui vont être sur ces missions-là sont motivés et très intéressés. Ça donne aussi une plus-value. » (Pierre, directeur d’un centre socioculturel)
  • « Aujourd’hui, on est en train de réfléchir à la création d’un parcours de formation en apprentissage pour aider des TPE (très petites entreprises), des artisans-commerçants, qui sont en difficulté à améliorer leur communication digitale. On veut s’appuyer sur l’appétence des jeunes pour le numérique et le digital pour alimenter des pages Facebook ou des sites web de TPE qui ont besoin de communiquer pour avoir plus de clients. Du coup, on va sûrement démarrer avec des services civiques pour cette session. » (Pierre, coordonnateur d’une association de développement économique)

Des missions numériques souvent récurrentes

L’étude restitue la complexité de la question de la substitution à l’emploi et au bénévolat dans le recours par les associations au dispositif du service civique.

Les situations dans lesquelles les missions d’un jeune en service civique se substituent intégralement aux missions habituellement attribuées à des salariés ou des bénévoles restent, selon l’enquête, peu nombreuses.

  • « Nous, les services civiques que nous avons ici, il n’y a pas de salariés sur ces postes-là à la base, c’est pour venir apporter une aide complémentaire. […] Le service civique va faire des recherches sur Internet, des choses comme ça, pour débloquer, pour aider le formateur qui n’a pas le temps de faire les recherches. Le service civique va apporter ça et du coup, je pense que c’est un apport en plus. » (Audrey, directrice d’un centre de formation)

L’enquête met cependant en relief le caractère récurrent du recours à des « services civiques » pour des missions qui s’inscrivent, en fait dans la durée. Des missions de médiation numérique sont ainsi confiées, dans certaines associations, parfois depuis plusieurs années, à des jeunes en service civique, pour faire face à des besoins de ressources humaines permanents.

  • « Donc pour Quentin, là, c’était la continuité d’un ancien service civique. Donc la mission, elle n’a pas énormément évolué, sauf la partie, un peu, lutte contre le décrochage scolaire, parce que c’était aussi une demande d’un collège. Donc là, ça se fait en binôme avec moi, mais sinon, oui, la mission est restée la même. Contrairement à l’ancien service civique, qui lui était vraiment resté dans le numérique, là, Quentin, il se diversifie. » (Kévin, tuteur, centre socioculturel)

Ces missions de service civique présentent alors un caractère structurant : « leur arrêt mettrait en grande difficulté l’organisation associative et nécessiterait obligatoirement et rapidement un remplacement du jeune engagé volontaire », notent les auteurs de l’étude.

Une large autonomie accordée aux jeunes volontaires

Faisant partie des huit principes fondamentaux du service civique, l’accompagnement se doit d’être au coeur du projet d’accueil des structures et dans la réflexion et la maturation du projet d’avenir des volontaires : ce qu’ils feront quand leur engagement au sein de l’association prendra fin. Les dirigeants désignent, à cette fin, un tuteur chargé d’accompagner des jeunes volontaires dans l’exercice de leurs missions.

  • « Sur les ateliers tablette, je suis souvent seul. Il est rare que l’on ait des animations où je suis seul, ce que je peux faire seul ce sont des missions que je peux faire ici, rechercher des prestataires, par exemple, il n’est pas forcément derrière moi […] Même s’il me laisse pas mal d’autonomie, je me sens vraiment tout le temps bien encadré parce que je sais qu’il est derrière moi. Si j’ai un souci, je peux l’appeler, même si ce n’est pas dans le cadre de la mission, il sera toujours là pour me rendre service, pour me donner des conseils. […] L’autonomie c’était ce que je recherchais ». (Théo, volontaire, centre socioculturel)
  • « Alors, nous, quand on a fixé la mission, il y avait bien sûr un objectif général, c’est-à-dire que lui, il est sur une mission, par exemple, de médiation numérique, et ça a bien évolué, parce qu’en fonction de ses compétences, on a fait évoluer les choses, mais aussi en fonction de ses envies. Là, il voudrait un petit peu devenir animateur socioculturel. Donc je l’ai mis sur un peu des actions de prévention auprès des jeunes, pour qu’il découvre un petit peu tout ça. Après, s’il me dit “je ne me sens plus de faire du numérique”, ça va être compliqué… ». (Dylan, tuteur, centre socioculturel)

Le suivi des jeunes volontaires rencontre des limites quand le tuteur reconnaît lui-même qu’il est, en matière numérique, un peu « dépassé ».

  • « C’est lui qui mène son programme d’initiation. Il a construit ça sur le papier, en fonction du matériel qu’on avait et des personnes. Donc, par rapport aux personnes, j’ai fait le médiateur sur les premières séances, maintenant j’y vais, je reste dans mon coin et j’écoute. Voilà… moi, je suis largué sur… j’utilise des tablettes et des ordinateurs, mais après… […] C’est sur la pédagogie qu’il est autonome. Il sait comment on progresse en fonction de l’outil qu’il a […] Donc là-dessus, c’est lui qui mène sa barque. Bon, j’ai un œil toujours. » (Robert, tuteur, centre social)
  • « Alors, son projet d’avenir il est ambigu car il se destine au volontariat pompier, donc ça peut prendre du temps. Donc, après, je lui ai dit qu’il y avait un créneau à prendre sur ce thème [le numérique pour les seniors] dans la région. Donc, je lui ai dit : “Surveille tout ce qui se passe sur cette action d’initiation au numérique.” Voilà, mais moi ça me dépasse, donc je ne peux pas suivre ça de très près. » (Robert, tuteur, centre social)

Des missions numériques qui peuvent avoir du sens

  • « Le fait d’apporter quelque chose aux gens, de voir que ce que l’on fait a un but et que ça va leur servir […]. Au tout début il y avait une personne qui ne savait pas du tout s’en servir [tablettes tactiles], elle est revenue récemment et elle était contente parce que maintenant elle sait faire des choses dessus, elle sait payer ses impôts en ligne, par exemple. Ce sont des choses de la vie courante, avant d’arriver elle ne savait pas le faire, on lui a montré et maintenant elle se débrouille. C’est valorisant, c’est là que l’on se dit qu’il faut continuer à le faire. » (Théo, volontaire, centre socioculturel).

Elles peuvent aussi déboucher sur un recrutement.

  • « Olivier a trouvé sa voie dans le numérique alors qu’il n’aurait jamais pensé en faire son métier. Il n’est qu’en CDD [contrat à durée déterminée] pour le moment. C’est gratifiant pour lui parce que dès qu’on a une panne d’ordi, on l’appelle ! Maintenant, il est indispensable. Il a su se rendre indispensable et c’est super. » (Sophie, tutrice, association d’éducation populaire.)

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