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Signalement, régulation par la donnée, cartographie & indexation participative : quand les acteurs publics se tournent vers le crowdsourcing citoyen

Pour accomplir leurs missions, administrations, collectivités, autorités de régulation, services des archives se tournent désormais vers le public, vers la « multitude ».

« Crowdsourcing citoyen », « crowdsourcing urbain », « production collaborative » ou « participative », « Approvisionnement par la foule », « externalisation vers la foule » : les termes abondent et se bousculent pour désigner ces démarches qui s’inspirent de la production de « biens communs » comme Wikipedia ou OpenstretMap.

Ces appels aux contributions du public, au travers des procédures formalisées, visent selon les cas, ou combinent, des objectifs différents :

  • Optimiser l’action publique à partir d’une connaissance plus fine du terrain ou des pratiques : des données parfois plus riches que celles produites par les capteurs
  • Aménager un nouveau canal pour rapprocher l’action publique des attentes des citoyens ou des parties prenantes.
  • Remédier aux limites de dispositifs traditionnels de participation
  • Mobiliser la contre-expertise des usagers pour réduire l’asymétrie d’information qui entrave l’action des services de contrôle ou des autorités de régulation
  • Identifier des « dysfonctionnements » en vue de les corriger
  • Détecter des situations dommageables (comme les effets indésirables d’un médicament), leur fréquence éventuelle : si ces effets répètent, s’ils sont massifs, l’autorité publique peut déclencher une étude, voire engager des poursuites.

Le terme générique de signalement, souvent utilisé, recouvre en réalité tout un spectre de situations, qui vont de la simple doléance à l’alerte.

Ces collectivités qui misent sur Openstreetmap et la cartographie participative

Un certain nombre de collectivités proposent aux citoyens de contribuer à la connaissance de leur territoire : une manière de co-construire le territoire avec les habitants et parfois aussi de compenser l’érosion des ressources budgétaires. Outre les informations classiques comme les voies de circulation, le bâti ou les surfaces aquatiques, les utilisateurs peuvent incorporer dans cette carte collaborative des données comme les pistes cyclables, les bennes à verre, les toilettes publiques ou les points d’eau potable. Certaines collectivités organisent même des ateliers, sur le modèle des carto-parties organisées des communautés OpenstreetMap, pour rassembler sur une période de temps réduite un maximum d’informations sur un territoire donné.

  • Île-de-France Mobilités (ex-STIF, Syndicat des transports d’Île-de-France) a entrepris en 2017 d’associer les Franciliens au recensement des aménagements cyclables sur l’ensemble de la région.
  • La ville de Lannion a décidé en 2016 de passer sous OpenStreetMap. Pour impliquer les citoyens, elle organise depuis des concours. La seconde édition, en 2017, portait sur les commerces. La troisième édition en 2018 portait sur le thème des randonnées et déplacements doux.
  • Le département de l’Allier a décidé de faire appel à ses habitants pour se constituer une base de données géographiques, plutôt que de recourir à un prestataire. Il organise, à cette fin, des carto-parties.
  • Dans le cadre de sa démarche OpenData, Montpellier Méditerranée Métropole a noué une coopération avec la communauté locale OpenStreetMap pour mettre à jour les données relatives aux 31 communes de la métropole. Lire la suite

40 000 signalements d’événements de santé indésirables (en 9 mois)

Le Ministère de la santé a ouvert en mars 2017 le portail signalement-sante.gouv.fr en vue de permettre aux usagers signaler en ligne aux autorités sanitaires les effets indésirables liés à la prise d’un médicament, à l’utilisation d’un dispositif médical ou d’un autre produit de santé ou cosmétique. Un premier bilan montre que Signalement-sante.gouv.fr répond à une attente du public.

  • Entre le 13 mars 2017, date d’ouverture au public et le 31 janvier 2018, 40 120 signalements ont été reçus : 34 217 (85 %) provenaient d’usagers et 5 903 seulement (15 %) de professionnels de santé, libéraux ou en établissement.
  • « Les signalements des usagers sont très majoritairement concentrés sur des produits pour lesquels le patient a conscience de la possibilité de survenue d’effets indésirables, comme les médicaments ou, dans une moindre mesure, les dispositifs médicaux ».
  • 81 % des signalements concernent des médicaments (32 649 signalements 6 % portent sur des dispositifs médicaux, 4 % portent sur des événements indésirables graves liés aux soins et 3 % sur des situations d’addictovigilance. Lire la suite  

Applications de signalement des problèmes urbains : un usage qui se heurte en France à la fragmentation des plateformes

De nombreuses villes dans le monde permettent aux citoyens de signaler, à partir de leurs terminaux mobiles, une grande variété de problèmes ou d’incidents : entretien des routes, des trottoirs, des arbres et des jardins, graffitis, objets encombrants et véhicules abandonnés, connectivité, feux de circulation et éclairage public défectueux, carrefours dangereux, nids-de-poule… Après avoir identifié un problème, l’usager sélectionne dans l’application le type d’incident, précise éventuellement la nature ou l’importance du problème, prend une photo que le GPS va géolocaliser pour compléter la description et transmet automatiquement au service concerné. La chaîne de traitement, dématérialisée de bout en bout, permet aux services des villes concernés (direction de la voirie, principalement) d’avoir une vision globale des incidents et e planifier leurs interventions. Des plateformes de ce type ont vu le jour au Royaume Uni (FixMyStreet), aux États-Unis ou aux Pays-Bas.

Plusieurs plateformes (Tellmycity, Allô Mairie, Fixmaville, Keyclic, BetterStreet, Beecitiz, etc.) ont émergé en France à partir de 2010. Dans une étude récente, qui vise à comprendre comment associer les citoyens et la société civile la société civile à la conception et l’exécution des services publics, la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) se penche, parmi une dizaine  d’initiatives associant citoyens et services publics, se penche sur le cas des applications de signalement des problèmes urbains.

A la différence de FixMyStreet, leurs équivalents en France « éprouvent des difficultés à se généraliser à l’ensemble du territoire : adoption limitée par la société civile limitée, paysage concurrentiel avec un grand nombre d’acteurs ». Lire la suite

SignalConso, une nouvelle plateforme de signalement à destination des consommateurs

Cette nouvelle plateforme permet aux consommateurs de signaler facilement les problèmes rencontrés quotidiennement lors de leurs achats : erreur de prix, produit périmé, publicité trompeuse, etc. Le signalement est enregistré dans la base de données de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation (DGCCRF). Si les signalements sont trop fréquents, nombreux ou d’une extrême gravité, un contrôle de l’établissement sera déclenché.

La plateforme est en expérimentation dans les régions Centre-Val de Loire et Auvergne-Rhône-Alpes. La DGCCRF avait enregistré en 2017 33 551 réclamations en ligne en 2017 pour des produits de consommation ou des pratiques abusives.

L’ARCEP entreprend de réguler les télécoms « par la donnée »

Avec la « régulation par la data« , l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) entend depuis 2016 mettre en œuvre un nouveau mode d’action qui complète les outils traditionnels du régulateur. Son principe : « mobiliser les utilisateurs pour faire remonter les problèmes rencontrés via un espace d’alerte, en passant d’une logique de plainte consommateur à un acte citoyen. En créant une alliance avec la « multitude », l’Autorité souhaite que chaque utilisateur participe à la régulation et bénéficie d’un marché mieux régulé».

  • L’ARCEP a ouvert en octobre 2017 « J’alerte l’Arcep », une plateforme « pour faire remonter du terrain tout problème lié à l’Internet mobile, l’Internet fixe ainsi qu’aux services postaux ». Particuliers et entreprises peuvent y faire état de dysfonctionnements rencontrés dans leurs relations avec les opérateurs de téléphonie mobile, fournisseurs d’accès à Internet ou acteur de services postaux. La plateforme   a recueilli en un an quelques mois 34.000 « signalements de dysfonctionnements ». Les doléances portent sur la qualité de service de l’Internet fixe ou mobile, la facturation par les opérateurs télécoms, les blocages pour s’abonner à la fibre, la neutralité de l’internet, le service postal, les spams, les fraudes, les SVA (services à valeur ajoutée : numéros spéciaux).
  • Pour renforcer encore cette régulation par la donnée, l’ARCEP  a lancé une consultation publique portant sur son projet d’une interface de programmation (API) déployée directement dans les box des fournisseurs d’accès à internet afin de mesurer la qualité de service sur les réseaux fixes.

Indexation collaborative : quand les institutions culturelles font appel au public pour annoter les œuvres, les documents et les archives

La campagne d’indexation des fiches des poilus de 14-18 et le succès qu’elle a rencontré (1,4 million de fiches indexées) ont donné une visibilité aux diverses formes de « crowdsourcing culturel » déployées par des musées, services d’archives et bibliothèques. De nombreuses institutions proposent désormais au public d’annoter, de corriger ou de compléter des ressources numérisées, et de prendre part, par leurs contributions, à la valorisation des collections comme à la connaissance du patrimoine. Ces pratiques « d’approvisionnement par la foule » peuvent prendre des formes variées : relevé nominatif de sources généalogiques, indexation de fiches, identification de photographies, correction d’erreurs dans des documents numérisés … Lire la suite

Cobot : une startup d’Etat et une application « pour  mettre les petites contributions numériques au service de l’intérêt général »

Reconnaître la forme d’un toit pour calculer le potentiel d’énergie solaire ou des photos de faune pour protéger la biodiversité, faciliter la publication massive de données ouvertes grâce au floutage automatique des visages … Le potentiel de l’application de l’intelligence artificielle à la reconnaissance d’images est immense pour l’administration publique. Le principal frein est de disposer d’un volume suffisant d’images correctement qualifiées (par des humains) pour ensuite pouvoir entraîner les modèles disponibles et mettre à profit le potentiel de l’intelligence artificielle au profit de nos politiques publiques. La startup d’État « Co-construisons : Mettre les petites contributions numériques au service de l’intérêt général » a entrepris de résoudre cette équation en développant une plateforme, Cobot, qui permet aux citoyens de classer, qualifier ou annoter des images pour des projets d’intérêt général. Lire la suite

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