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L’enfant, l’adolescent, la famille et les écrans : appel à une vigilance raisonnées sur les technologies numériques

L’Académie des sciences avait publié en janvier 2013 le rapport L’enfant et les écrans. Ce rapport, qui avait été rédigé à un moment où nombre des médias utilisés aujourd’hui, en particulier le smartphone, n’étaient pas encore aussi couramment répandus, s’était efforcé de faire le point sur la situation en s’appuyant sur les données scientifiques disponibles à l’époque.

L’Académie de médecine, l’Académie des sciences et l’Académie des technologies ont publié le 9 avril 2019 un  appel à une vigilance raisonnées sur les technologies numériques.

« L’exposition des enfants et des adolescents aux divers types d’écrans a des effets multiples, très différents selon la tranche d’âge. Chez le tout petit, le problème est avant tout celui de la surexposition. Chez l’enfant plus âgé, et plus particulièrement chez l’adolescent, le problème est tout autant celui du contenu que celui de la quantité.

  • Le problème de la dépendance, sous ses différentes formes, est préoccupant, sans qu’on connaisse complètement ses bases physiopathologiques et ses relations avec l’addiction.
  • Les conséquences sur les comportements et l’activité intellectuelle et sociale dépendent beaucoup des cas mais apparaissent d’autant plus sérieuses que l’enfant est en situation de vulnérabilité.
  • Ces aspects négatifs, très variables d’un enfant à l’autre selon les modalités de l’exposition aux écrans, doivent appeler à une grande vigilance, tout spécialement de la part des parents et des éducateurs.
  • L’objectif n’est pas uniquement de limiter l’accès aux écrans, sauf, dans une large mesure, chez les plus jeunes enfants, mais d’en accompagner l’utilisation en sachant qu’un usage approprié a également des effets très positifs sur la performance intellectuelle et la socialisation. 
  • Plutôt que de s’opposer à l’inévitable, mieux vaut l’accompagner en veillant au respect de conditions d’utilisation optimales au regard de la santé publique ».

Cet appel  « n’est pas, à proprement parler, un avis, mais plutôt un appel à une  vigilance raisonnée, c’est-à-dire fondée sur des faits au-delà des convictions et opinions, tout en reconnaissant les incertitudes actuelles».

L’appel formule une série de recommandations  qui s’adressent aux parents, au corps enseignant et aux pouvoirs publics, aux institutions de recherche, ainsi qu’aux éditeurs de produits numériques, en incitant chacun, selon ses rôles et compétences, à réfléchir à la place et aux usages des écrans et plus largement du numérique (jeux vidéos, réseaux sociaux, etc.).

Recommandations générales aux parents

  • Avant 3 ans : Ne pas mettre à la disposition des enfants laissés seuls les écrans sous toutes leurs formes et surtout ceux dont les enfants peuvent eux-mêmes contrôler l’usage (tablettes, portables). Une exception peut être faite en faveur d’un usage accompagné, récréatif, que l’on peut encourager avec modération et prudence : dans tous les cas, la participation parentale à l’interactivité est absolument indispensable. Les règles d’usage peuvent être explicitées en mots et établies en commun.
  • De 3 à 10 ans : Il est important de fixer un temps ritualisé dédié aux écrans afin d’apprendre à l’enfant à attendre (ce qui constitue le premier moment de l’apprentissage de l’autorégulation), de préférer les écrans partagés et accompagnés aux écrans solitaires, de parler avec l’enfant de ce qu’il voit et fait avec les écrans, et d’éviter d’acheter aux plus jeunes des objets numériques personnels (comme une tablette) dont il s’avère bien difficile ensuite de réguler l’usage. L’achat d’outils numériques familiaux devrait être la règle. Une attention particulière doit être portée à l’utilisation des écrans le soir avant le coucher, tant en raison du temps consommé au détriment d’autres activités que pour la difficulté d’endormissement ainsi créée.
  • Après 10 ans : Il importe que les parents maintiennent un dialogue positif sur l’utilisation des écrans et restent attentifs aux symptômes de fatigue liés aux troubles du sommeil, aux signes d’isolement pouvant conduire à un repli sur soi et à un fléchissement des résultats scolaires. Insistons à ce propos sur la fausse bonne idée d’une récupération du sommeil le week-end qui, en réalité, ne fait que conforter la désynchronisation de l’enfant.
  • Pour tous les âges : Il faut que les parents s’emploient à un usage raisonné de leurs propres outils numériques, notamment quand ils interagissent avec un jeune enfant, et, quand l’enfant grandit, que le dialogue soit maintenu sur ces questions.

Recommandations au corps enseignant et aux pouvoirs publics

La société et les pouvoirs publics doivent demeurer attentifs aux problèmes posés par l’évolution vers un « 100 % numérique » et en mesurer les conséquences auprès des plus vulnérables.

  • Dès l’enfant scolarisé (à trois ans désormais pour tous) et jusqu’à la fin du collège, la place des écrans doit faire l’objet d’une réflexion collective au sein de l’établissement scolaire, en y associant les parents, tout particulièrement dans des contextes de grande vulnérabilité sociale. Les usages souhaitables à des fins pédagogiques doivent être explicités, tant en classe qu’à la maison.
  • Nous appelons les pouvoirs publics, responsables de l’éducation et de la santé, à mettre en place des formations, permanente et continue, pour tous les intervenants auprès de la jeunesse, afin de contribuer à réduire les conséquences des disparités sociales, notamment dans l’utilisation des réseaux sociaux.
  • La vigilance de tous (familles, professeurs, éducateurs et pouvoirs publics), est nécessaire en ce qui concerne la violence, la désinformation, le harcèlement et le prosélytisme sur les réseaux sociaux.
  • Nous appelons également à la plus grande vigilance sur les compétitions de « e-sport », qui devraient être interdites aux enfants dont l’âge est inférieur à l’âge préconisé pour les jeux utilisés dans les compétitions. Des dispositifs contraignants devraient être mis en place en ce sens.
  • Les normes de sécurité oculaire devraient prendre en compte la photosensibilité de certains yeux « fragiles » (par exemple albinos mais aussi les yeux atteints de maladies rétiniennes dégénératives et les sujets très jeunes à cristallin très clair), sur lesquels on dispose de très peu de données.

Recommandations aux  institutions de recherche

Les difficultés liées à l’interface entre les contenus numériques et leurs divers utilisateurs sont encore mal évaluées. Elles requièrent un travail des chercheurs, tant anthropologues que psycho-sociologues. Ce travail est à conduire avec les acteurs proches de ces situations (médecins, travailleurs sociaux, enseignants) et au plus près des familles.

  • Il faut encourager les études longitudinales en cours, qui permettront une meilleure compréhension des effets multifactoriels des écrans chez les enfants.
  • Les usages pédagogiques d’Internet et des écrans sont multiples et ne cessent de se diversifier (recherche d’information, simulations numériques…). Les recherches concernant leurs contributions aux apprentissages et les vigilances à exercer sont à développer, en s’assurant que leurs résultats sont partagés avec les éducateurs, et notamment les professeurs.
  • Nous appelons les chercheurs à un dialogue éclairé avec les enseignants, éducateurs, professionnels de la santé, parents, et adolescents eux-mêmes, pour comprendre les expériences très variées vécues en ligne par des jeunes d’horizons divers et de fonctionnements psychologiques différents.
  • Les recherches doivent être poursuivies pour lever les doutes sur la pertinence des marges de sécurité des normes actuelles en matière de protection de l’œil contre les effets nocifs de la lumière. L’essentiel de la toxicité suspectée concerne la composante bleue du spectre, pour laquelle un filtrage serait une solution techniquement simple. Il conviendrait de poursuivre les travaux scientifiques sur l’efficacité des différents types de filtres de la lumière bleue (logiciels, lunettes…).
  • Nous appelons les neurophysiologistes, les psychologues et les philosophes à travailler ensemble à la compréhension des relations homme-machines, afin de poser les bases éthiques des interactions susceptibles d’enrichir le registre des expressions et des interactions humaines, et de s’opposer à celles qui contribueraient à le réduire.

Recommandations aux éditeurs de produits numériques

En attendant que des bases factuelles plus solides soient établies, nous invitons les industriels et les fabricants d’objets numériques à rappeler aux parents l’importance de la modération, aussi bien dans leurs pratiques que dans celles de leurs enfants.

  • Tout doit être mis en place pour faire connaître l’existence des stratégies, présentes dans les jeux « 12+ », afin de permettre aux joueurs d’agir de manière éclairée ou de se faire aider pour en comprendre les enjeux.
  • Nous appelons les éditeurs de jeux vidéo, et bientôt les fabricants de films interactifs, à imaginer de nouvelles façons d’informer les consommateurs et les parents. Leurs préconisations ont en effet porté jusqu’ici sur les caractéristiques des contenus, elles  doivent maintenant informer aussi sur la variété des expériences-joueurs.
  • Nous appelons enfin les industriels, les pouvoirs publics et les organismes privés soucieux de l’éducation et de la citoyenneté numérique à utiliser les ressources technologiques (streaming et plug-in par exemple) pour inventer de nouveaux espaces d’information mutuelle associant les experts, les parents et les professionnels. Ainsi seront mieux perçues et connues les situations individuelles ou collectives, sources de problèmes pour les usagers des écrans.

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