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Transformations numériques du travail : chiffres et tendances

Les outils numériques transforment en profondeur  le travail, dans ses formes,  dans son contenu comme dans son organisation : ils redéfinissent les compétences mobilisées, recomposent les relations et les rapports de travail, bousculent les frontières entre vie professionnelle et vie privée et interrogent plus largement les conditions de travail.

Porteuse de nouvelles opportunités d’emplois moins pénibles et moins répétitifs, d’une promesse d’autonomie et d’un accès facilité à la mise à niveau des compétences, cette transformation numerique entraine  une obsolescence accélérée des compétences, de nouveaux risques de santé liés à l’hyper-connectivité et à l’interpénétration des espaces professionnels et personnels.

La transformation numérique donne aussi  lieu à l’émergence de nouvelles formes de travail, liées à l’économie collaborative,  tout en libérant de puissantes dynamiques de fragmentation des tâches : le « travail du clic » (Digital Labor) et la « tâcheronisation ».

Numérique au travail : plus de la moitié des actifs en emploi utilisent un ordinateur tous les jours

En 2017, selon le Baromètre du Numérique (cofinancé par l’Agence du Numérique) 66 % des actifs en emploi (salariés ou non-salariés) utilisaient un ordinateur sur leur lieu de travail (53 % seulement en 2013).

La proportion d’actifs en emploi qui utilisaient un ordinateur tous les jours sur leur lieu de travail est passée de 46 % en 2013 à 54 % en 2017.

La catégorie socio-professionnelle fait apparaître des clivages très nets : plus de huit cadres ou professions intellectuelles supérieures sur dix déclarent utiliser un ordinateur tous les jours sur leur lieu de travail, contre moins d’un ouvrier sur cinq.

Il en va de même pour le niveau de diplôme : 75 % des diplômés du supérieur utilisent un ordinateur tous les jours sur leurs lieux de travail contre 17 % des ouvriers.

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Plus de la moitié des salariés français estiment ne pas être bien accompagnés à la transformation digitale

Le baromètre Digital Workplace 2018 (Julhiet Sterwen en partenariat avec l’Ifop) se propose, pour sa part, de mesurer perception qu’ont les salariés des entreprises de plus de 500 employés de la transformation digitale. Si la transformation digitale semble vécue plutôt positivement, cette enquête met en lumière des attentes et des frustrations.

  • 63 % des salariés déclarent « vivre une révolution digitale » (74 % des cadres, 58 % des non-cadres)
  • Les changements sont perçus de façon plus positive par les cadres (74 % de réponses positives) que par les non-cadres (58 %).
  • Parmi les principaux obstacles à la transformation numérique du travail, 33 % des salariés interrogés mentionnent la mauvaise qualité des réseaux et 27 % la multiplicité des outils et des équipements pas toujours adaptés.
  • 58 % des salariés sont favorables au télétravail mais seuls 7 % le pratiqueraient. (Seuls 35 % d’entre eux, il est vrai, seraient équipés en PC portables et téléphones mobiles).
  • 76 % estiment qu’avec le numérique, « il faut être plus réactif »
  • 68 % pensent que le digital permet d’acquérir de nouvelles compétences
  • 61 % estiment avoir, avec le numérique, une charge de travail plus importante
  • 27 % pensent que les liens avec leur équipe s’atténuent
  • 47 % des salariés ont l’impression d’avoir plus de chefs ou de référents qu’avant

Les salariés expriment de fortes attentes en matière d’accompagnement : 55 % des salariés (47 % en 2017) et 51 % des cadres (39 % en 2017) s’estiment insuffisamment accompagnés.

25 % des salariés pratiquent le télétravail

La réalité du télétravail en France est difficile à appréhender.  Les estimations diffèrent largement en fonction de la définition qui est donnée du télétravail dans ces différentes études : travail à distance (et ses diverses modalités : travail itinérant, travail nomade ou mobile) ou télétravail au sens strict cadré par un accord d’entreprise ou une charte.

Selon une enquête réalisée par l’IFOP auprès de 1500 salariés et 40à dirigeants d’entreprises pour le compte de Malakoff Mederic (gestion de la retraite complémentaire et assurances de personnes)  le télétravail contractualisé ne concerne que  6 % des salariés, alors que 19 % des salariés travaillent à distance de façon informelle et non contractualisée.

57 % des télétravailleurs travaillent à distance au moins un jour par semaine. 47 % travaillent depuis leur domicile au moins un jour par semaine (48 % des télétravailleurs à domicile disposent d’une pièce aménagée à cet effet). Des lieux alternatifs sont également utilisés : espaces de travail partagé (23 % y travaillent au moins un jour par semaine) ou bureaux satellites (22 %).

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 200 000 travailleurs dans l’économie collaborative ?

Au cours des dernières années, de multiples plateformes numériques se sont développées (Airbnb, Deliveroo, Uber, etc.) en se présentant comme de nouveaux types d’intermédiaires entre clients et offreurs de travail. La montée en puissance de ces entreprises d’un nouveau genre suscite une forte fascination médiatique qui se traduit aujourd’hui par une polarisation des débats entre l’apologie de l’« économie collaborative » et la dénonciation des méfaits de l’« ubérisation » sur le travail et l’emploi. Certains de ces nouveaux acteurs économiques sont devenus en quelques années des firmes multinationales, dégageant des chiffres d’affaires colossaux, et érigées alors en emblèmes de la nouvelle économie numérique. Et derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sont parfois, voire souvent, des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même forcément professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de travail, ou la force de travail, qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire.

Si de nombreuses enquêtes  ont permis, depuis deux ans, de prendre la mesure de l’économie collaborative, du point de vue des usages, l’impact de l’économie collaborative sur l’emploi reste, à ce jour, assez largement méconnu.

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Les plateformes de « jobbing » stimulent l’essor des « petits boulots »

Si la pratique des « petits boulots » est ancienne, une nouvelle génération de plateformes permet désormais de mettre en relation et d’apparier une demande (qui trouve son origine dans la volonté de particuliers de confier, faute de temps ou de compétences, des missions à la tâche à des candidats disponibles) et une offre (qui peut provenir de personnes aux motivations et aux compétences variées : salariés, indépendants, étudiants, retraités).

La société Jobijoba, spécialisée dans la recherche d’emploi sur internet en France, a rendu publique une étude consacrée à l’offre de petits boulots en France, tirée de l’analyse d’un million d’offres d’emploi en ligne en juin 2018 sur le site jobijoba.com.

  • On comptait 104 714 annonces de petits boulots payés à la tâche ou à la mission en juin 2018, ce qui représente 10 % de l’ensemble des offres d’emploi en ligne.
  • Le déménagement-bricolage-jardinage constitue (comme en 2017) la catégorie de mission la plus proposée sur le marché du Jobbing avec 61 % des offres, devant le baby-sitting (30 %) et le ménage (4 %).
  • Les Jobbeurs recherchent, pour leur part, en priorité des missions de ménage et d’aide à la personne (16 %), de soutien scolaire (16 %), d’hôte(esse) dans l’événementiel (15 %), de baby-sitting (14 %) et de garde d’animaux (14 %).
  • L’Ile-de-France concentre 17 % des offres de petits boulots suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (13 %), les Hauts de France (11 %), la Nouvelle Aquitaine (8,5 %), l’Occitanie (8 %) et le Grand Est (8 %).
  • Le diplôme et l’expérience ne sont pas déterminants dans le recrutement pour les missions de Jobbing. La disponibilité des candidats reste prioritaire.
  • Les missions sont principalement payées à la tâche ou à l’heure.

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Plus de 250 000 « micro-travailleurs du clic » en France

Trois chercheurs du CNRS, de la MSH Paris Saclay etde Télécom ParisTech viennent de publier une étude qui estime pour la première fois le nombre des travailleurs du clic en France. Selon les auteurs, Clément le Ludec, Paola Tubaro et Antonio Casilli, « ces tâches font souvent partie de processus data-intensive et de chaînes logistiques longues, nourrissant des activités aussi variées que la numérisation d’archives, les études de marché, la gestion d’opérations de back-office et surtout le développement de l’intelligence artificielle. Le micro-travail sert, d’une part, à qualifier l’information nécessaire pour ces algorithmes d’apprentissage automatique, d’autre part, à contrôler la qualité des résultats et, éventuellement, à y apporter des corrections ».

En vue d’estimer le nombre de personnes concernées par le micro-travail en France, les auteurs ont combiné trois méthodes : la prise en compte des chiffres déclarés par les plates-formes qui recrutent en France, poster des offres de tâche sur les plates-formes pour voir qui y répondait et, enfin, mesurer l’audience de ces plates-formes.

Ils détectent ainsi trois modèles d’implication dans ces activités, qui correspondent à trois bassins d’usagers de plateformes de micro-travail

  • un groupe de 14 903 micro-travailleurs « très actifs », car présents sur des plates-formes de micro-travail au moins une fois par semaine
  • un deuxième de 52 337 utilisateurs réguliers, plus sélectifs et présents au moins une fois par mois ;
  • enfin, un troisième groupe de 266 126 travailleurs qu’ils estiment occasionnels.

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Ce que nous apprennent les enquêtes « Conditions de travail »

La principale source d’information sur l’utilisation des outils numériques dans le cadre du travail est l’enquête Conditions de travail, conduite par l’INSEE et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère du Travail. Cette enquête porte sur l’ensemble des actifs occupés. L’enquête est désormais menée en panel tous les trois ans, avec une alternance entre une dominante « conditions de travail » (2013 et 2019) et une dominante « risques psychosociaux » (dont la première édition s’est déroulée en 2015-2016).

En 2013, 71,1 % des salariés utilisaient un outil numérique à des fins professionnelles (ordinateur fixe – y compris terminal ou console –, micro-ordinateur portable, messagerie électronique, Internet, un intranet). 57,1 % d’entre eux utilisaient un ordinateur fixe au cours de leur journée de travail et 23,8 % un ordinateur portable.

  • L’ordinateur portable restait cependant très inégalement utilisé selon les catégories socioprofessionnelles : 61 % des cadres en utilisaient un contre 12 % des employés administratifs ou encore 3 % des ouvriers non qualifiés.
  • Malgré cette très forte progression, 30,9 % des salariés n’utilisaient en 2013 aucun matériel informatique ou numérique dans le cadre de leur travail.
  • Selon la DARES, « l’usage d’outils numériques permettant le travail mobile est fortement corrélé à une charge de travail et une charge mentale importantes, ainsi qu’à des situations fréquentes de débordement du travail sur la sphère privée. Ces conditions de travail exigeantes sont néanmoins contrebalancées par une plus grande autonomie et récompensées par un fort sentiment de reconnaissance professionnelle.

La nouvelle enquête « Conditions de travail » de l’INSEE apportera des éclairages sur les usages du numérique au travail. L’Insee, en partenariat avec la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère du Travail réalise, du 1ᵉʳ octobre 2018 au 31 mai 2019, une enquête statistique sur les conditions de travail auprès des personnes résidant en France, sur un échantillon d’environ 34 500 logements.

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