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Colloque «  Internet et les nouvelles formes de participation politique »  à Lille les 28-29 mars 2019 

Ce colloque, organisé par le projet ANR APPEL (ANR-14-CE29-0010) à Lille, les 28 et 29 mars 2019  vise à réunir des travaux empiriquement fondés qui, à partir de données nouvelles et/ou de méthodes nouvelles, réinterrogent cette question devenue traditionnelle des effets des nouvelles technologies sur la participation politique.

  • « Les études sur la participation politique ont mis en évidence depuis déjà longtemps une profonde différence entre le petit nombre de celles et ceux qui participent beaucoup et la grande majorité des citoyen.ne.s qui ne participent qu’à très peu d’activités politiques, et pas toujours selon des considérations elles-mêmes « politiques ». La baisse des coûts de participation, rendue possible par internet, aurait favorisé l’inclusion de nouveaux participants, notamment issus de groupes sociaux que des contraintes structurelles propres tenaient jusque-là éloignés des « formes instituées et temporellement circonscrites de la participation ».
  • L’activisme online se serait donc ajouté à l’activisme hors ligne selon des articulations encore pour partie à interroger. « Pour certains, il ouvrirait sur de nouvelles logiques d’engagement, les logiques de l’action « connectée », différentes des logiques traditionnelles de l’action collective, qui se traduiraient, comme pour l’activisme hors ligne, par des sous-modèles de e-participation, réfractant une pluralité de rapport au politique, du plus distant au plus actif. Il se traduirait ainsi par l’émergence de nouveaux modes d’action, voire de nouveaux répertoires d’action ».
  • Pour d’autres, « il y aurait plutôt des formes d’hybridation entre activisme en ligne et hors ligne. Celui-là pourrait notamment contribuer à la revitalisation d’un ensemble d’anciennes pratiques politiques, en les ouvrant à de nouveaux acteurs et à de nouvelles thématiques. Il pourrait aussi permettre de subvertir certaines des limites traditionnelles de l’action collective. Il se traduirait surtout par des formes d’hybridation entre engagement hors ligne et engagement en ligne, variables selon les modes d’action et les individus ».
  • « Ces nouveaux acteurs/nouvelles actrices, impliqué.e.s dans de nouvelles formes d’action, en viendraient aussi à dire le politique autrement. Internet et les médias sociaux seraient en effet le théâtre de nouvelles formes d’énonciation politique, plus personnelles, plus « expressivistes », plus créatives, associées à des figures et des formats propres. Que ce soient dans les anciens oripeaux du pétitionnement,  ou via de nouvelles plateformes comme Youtube, s’inventeraient de nouvelles façons de parler politiquement et de s’engager politiquement ».
  • « Enfin, ces formes de participation politique, nouvelles tant par leurs auteurs que par leurs modes et leurs contenus, seraient supposées, selon certains, bénéficier aussi d’un impact nouveau ».

Les conclusions de ces travaux demeurent contestées.

  • « Aux cyberenthousiastes des démocraties occidentales et aux partisans de la thèse de la « mobilisation », s’opposent soit les tenants de la thèse de la “normalisation”,  selon lesquels, pour l’essentiel, internet ne changerait rien à la participation politique, soit ceux de la thèse de la “substitution” qui arguent que les nouvelles technologies pourraient nourrir le « clicktivism » (ou « slacktivism » : activisme « mou » ou « paresseux »), d’individus dont l’activité/activisme politique non-conventionnel(le) ne se concevrait et ne s’exprimerait plus que par internet (pétitions en ligne, groupes Facebook, etc.) tant ils auraient renoncé à franchir le pas de l’activisme offline dont ils ne souhaiteraient pas supporter les coûts et risques (déplacement, exposition publique, répression policière, etc.)».
  • « Se multiplient ainsi les travaux qui, en mettant la focale sur des pays, des media et modes d’action différents, à partir de dispositifs méthodologiques différents, se retrouvent pour conclure que, pour l’essentiel, ce sont des citoyens déjà actifs hors ligne qu’on retrouve dans les activités en ligne, si bien qu’Internet offrirait plutôt de nouvelles opportunités à ceux-ci qu’il conduirait à la mobilisation de citoyens auparavant passifs ».
  • « Certains avancent même « qu’Internet ajouterait à la « fracture sociale » une « fracture numérique », non seulement pour des raisons techniques, mais aussi et surtout pour des raisons cognitives. Internet exacerberait les différences d’activité entre les citoyens dans la mesure où seuls les plus instruits et les plus intéressés à la politique tireraient un réel bénéfice des nouvelles opportunités technologiques ».
  • « D’autres encore  interrogent  « la nouveauté des répertoires d’action, en mettant en avant, d’une part, les filiations avec les anciens contenus et, d’autre part, le caractère faiblement délibératif des échanges liés à ces nouveaux modes d’action qui tiennent plus de « flame wars » que de l’espace habermassien ».
  • « Au-delà de la remise en cause de l’impact des nouveaux médias dans les récents mouvements de mobilisation dans le « monde arabe », on questionne leur efficacité en la comparant notamment à celle des modes d’action « traditionnels » ou en soulignant plus globalement l’incapacité de ces modes d’action à obtenir dans le monde « réel » les résultats espérés».

Les conclusions de ces divers travaux  restent contradictoires.

  • «Quand certains mettent en avant le rôle politisant de Facebook, d’autres démontrent son rôle de « divertissement » à l’égard du politique ».
  • «Quand certains soulignent qu’Internet n’aurait pas permis un rééquilibrage de la participation politique entre hommes et femmes, d’autres mettent en évidence un effet égalisateur».
  • «La difficulté de conclure est sans doute pour partie liée au fait qu’on utilise des méthodes éprouvées pour étudier la participation politique hors ligne en vue d’analyser ce qu’il en est de la participation en ligne.
  • «A l’inverse, on pourrait supposer que l’émergence, la multiplication et la diversification des formes de participation « politique » en ligne (Facebook, twitter, instagram, youtube, forums de discussion, commentaires de sites, sites de pétition en ligne, plateformes plus institutionnelles,…), tout comme les opportunités qu’ouvre aux chercheurs la possibilité d’accéder à de nouvelles données massives, pourrait permettre de poser à nouveaux frais ces questions traditionnelles, à partir de données inédites et à partir de dispositifs méthodologiques eux-mêmes innovants».

C’est précisément autour de ce « pari » que ce colloque est pensé.

« Il vise à réunir des travaux empiriquement fondés qui, à partir de données nouvelles et/ou de méthodes nouvelles, réinterrogent cette question devenue traditionnelle des effets des nouvelles technologies sur la participation politique, en posant celle-ci à partir des différents angles qui ont pu être abordés :  

  • celui des participants, avec notamment la question de l’articulation entre « fracture sociale en matière de participation politique » (« participatory divide ») et « fracture numérique » (« digital divide »)
  • celui des modes d’actions, avec notamment la question de l’articulation entre modes d’action en ligne et hors ligne
  • celui des contenus, avec notamment la question du renouvellement ou non des formes d’énonciation du politique
  • voire, celui, des impacts, avec notamment la question des formes d’impact et de l’articulation avec l’impact des autres formes de participation politique».

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