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La revue Réseaux se penche sur la plateformisation du travail

Des médias sociaux jusqu’aux systèmes d’exploitation, en passant par les magasins d’applications et les places de marchés, le terme de « plateforme » est aujourd’hui utilisé indifféremment pour décrire des formes très variées de systèmes techniques et d’acteurs économiques.

La plateformisation s’étend désormais à la vente d’objet de seconde main, au partage de trajets, à la location de biens et d’objets entre particuliers, à l’échange de services pour de menus travaux, à la livraison de repas ou encore aux prestations immatérielles (travaux de graphisme, d’informatique, d’écriture).

Selon les deux coordinateurs du dernier numéro de la revue Réseaux, Jean-Samuel Beuscart et Patrice Flichy, le déploiement rapide de ces plateformes a ainsi pu faire l’objet de trois grands types d’analyse.

  • « La première perspective s’inscrit dans la ligne du développement des médias sociaux et de l’autopublication. De même que les blogs ont permis à l’individu ordinaire de contourner les gatekeepers du discours public (journalistes et experts de tout poil), de même les amateurs et les multiples pratiquants du do it yourself ont trouvé dans les plateformes un moyen de se rendre visible et de trouver un public.
  • Une deuxième approche, articulée autour des termes « économie du partage » ou « consommation collaborative », met l’accent sur la généralisation d’activités ordinaires d’entraide et de partage, sur le passage à l’échelle des pratiques d’échanges horizontaux distincts des gestes de consommation ordinaire ; elle met en avant les opportunités offertes par le changement d’échelle des pratiques, en termes de capacités des personnes comme en termes de réduction de l’empreinte écologique.
  • Ces deux perspectives paraissent bien enchantées aux analystes de la « gig-economy » ou de la « on-demand economy ». Ceux-ci insistent sur le formatage de l’activité des contributeurs par les plateformes. Ils dénoncent l’exploitation du travail mise en place par les plateformes, la mise en concurrence des participants, entre eux et avec les salariés classiques, la dénaturation marchande des activités plateformisées ».

« Aucun de ces récits ne rend compte à lui seul de façon satisfaisante de la plateformisation du monde, tout en fournissant des points d’appui utiles pour son étude », observent Jean-Samuel Beuscart et Patrice Flichy, pour qui « les plateformes présentent souvent des caractères contradictoires. Selon les cas et selon les mondes sociaux où elles se développent, la mise en forme des activités sera plus ou moins forte et contraignante, la concurrence plus ou moins vive, les capacités d’action plus ou moins bien distribuées. Il n’y a pas un mouvement unique de plateformisation du monde, mais plusieurs, concurrents, portés par des acteurs et des utilisateurs différents ».

C’est à « combiner une analyse précise de l’activité mise en forme par les sites avec une compréhension plus large des logiques d’action, des ressources et des contraintes des participants » que s’attachent les auteurs dans ce numéro consacré aux plateformes de service.

Anne Aguiléra, Laetitia Dablanc et Alain Rallet y étudie le cas emblématique, celui des livreurs à vélo. « L’originalité de cet article est de présenter une analyse globale de cette activité et de s’appuyer sur une enquête réalisée auprès des coursiers, sur leurs conditions de travail ».

Pauline Barraud de Lagerie et Luc Sigalo Santos étudient le crowdsourcing de micro-tâches popularisé par le Mechanical Turk d’Amazon. Plutôt que de revenir sur la plateforme américaine souvent citée, ils ont choisi d’étudier le cas français de Foule Factory. « Si le modèle affiché est celui de la marchandisation de petits moments perdus où on peut accepter de faire des tâches sans intérêt pour quelques euros, on constate cependant que certaines personnes y passent de longues périodes de temps, dont seule une partie est monétisée ».

Bruno Chaves Ferreira, Anne Jourdain et Sidonie Naulin étudient les plateformes d’amateurs ou des pluriactifs : objets faits main sur Etsy ou et faire un repas à domicile (la Belle Assiette).

L’enquête réalisée par Adrien Bailly et Florent Boudot-Antoine sur deux plateformes, l’une de location de voiture (OuiCar) et l’autre de prêt d’objets (Mutum) montre que, pour que l’échange puisse s’établir, « il est nécessaire que les deux partenaires dépassent, déforment et transgressent le cadre établi par la plateforme ».

Thomas Jammet s’intéresse aux « community managers » chargés d’animer les communautés de fans. Des professionnels «  tiraillés entre d’une part l’inconstance des fans qui sont loin d’avoir le même attachement à une marque que les fans de musique et leur dépendance vis-à-vis des plateformes de médias sociaux ».

Sommaire

  • Anne Aguilera, Laetitia Dablanc et Alain Rallet : L’envers et l’endroit des plateformes de livraison instantanée. Enquête sur les livreurs micro-entrepreneurs à Paris
  • Pauline Barraud de Lagerie et Luc Sigalo Santos : Et pour quelques euros de plus. Le crowdsourcing de micro-tâches et la marchandisation du temps
  • Bruno Chaves Ferreira, Anne Jourdain et Sidonie Naulin : Les plateformes numériques révolutionnent-elles le travail ? Une approche par le web scraping des plateformes Etsy et La Belle Assiette
  • Adrien Bailly et Florent Boudot-Antoine : Renforcement et transgression du cadre de l’intermédiation numérique. Le cas de l’accès de pair à pair
  • Thomas Jammet : L’activité de community management à l’épreuve de l’architecture algorithmique du web social

 

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