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Le livre numérique stimule l’essor de l’autoédition

La banalisation des liseuses et des livres numériques a amplifié un phénomène déjà ancien, celui de l’autoédition. Tout un marché de l’autoédition voit le jour, avec ses offres de services et ses modèles économiques, avec ses prestataires techniques et commerciaux, avec ses start-ups innovantes et ses géants internationaux.

Selon Louis Wiart , professeur à l’Université Libre de Bruxelles (et membre associé du LabSIC à l’Université Paris 13), examine, sur le site InaGlobal, « Loin d’être une nouveauté en soi, l’accélération et l’amplification du phénomène depuis une demi-douzaine d’années laisse entrevoir des perspectives de reconfiguration de la filière ».

Le principe de l’autoédition revient pour un auteur à prendre en charge les fonctions habituellement dévolues à l’éditeur, aidé en cela par des opérateurs et des entreprises de distribution qui mettent à sa disposition des outils destinés à créer et à diffuser des livres, sous une forme imprimée ou numérique.

« Assez logiquement, l’autoédition va de pair avec l’autopromotion, c’est-à-dire avec le fait de gérer la communication autour de ses publications et d’assurer soi-même leur visibilité, en particulier sur Internet. En tant qu’entrepreneur de son livre, l’auteur devient sa propre marque et doit conduire tout un travail de marketing de soi et de construction de sa réputation s’il souhaite conquérir un lectorat. L’auteur devient sa propre marque et doit conduire tout un travail de construction de sa réputation s’il souhaite conquérir un lectorat ».

« Loin de former un bloc sans nuances, les autoédités se signalent par une diversité de situations : des auteurs dont les œuvres s’adressent au cercle limité de leur entourage à ceux qui investissent un marché de niche ou un domaine délaissé par l’édition traditionnelle, en passant par ceux qui cherchent à conquérir un lectorat et à se faire reconnaître, les perspectives de publication diffèrent largement ».

« Il arrive également que des écrivains à la notoriété installée se détournent du système éditorial pour gagner en liberté ou augmenter leurs revenus… À cheval entre l’édition et l’autoédition, cette posture hybride revient pour l’auteur à privilégier l’une ou l’autre forme de publication en fonction de ses opportunités et de ses motivations ».

Un phénomène de masse

En raison du caractère parallèle de l’autoédition, dont les publications échappent largement aux circuits traditionnels, sa  mesure est complexe à établir. En dépit de ces difficultés, Louis Wiart constate «une massification du phénomène, dont les signes les plus tangibles se situent après 2010. »

  • « Entre 2010 et 2015, le nombre d’ISBN accordé à des titres autoédités a augmenté de 375 %, pour venir s’établir à 727 000 titres disponibles en format papier ou numérique ».
  • Cette donnée ne permet de saisir qu’une partie de la réalité de l’autoédition dans la mesure où l’obtention d’un ISBN ne constitue pas une démarche obligatoire sur certaines plateformes, 30 % des e-books achetés aux États-Unis n’auraient ainsi pas reçu d’ISBN en 2014».
  • « Selon toute vraisemblance, le niveau de production des autoédités devrait donc être plus élevé encore ».

17 % des livres édités en France

En France, les publications relevant de l’autoédition ayant fait l’objet d’un dépôt légal représentaient 17 % du total des nouveautés éditoriales en 2017 (soit autour de 14 000 titres) contre 6 % en 2005, 10 % en 2010.

  • Pour cette estimation, l’Observatoire du Dépôt légal comptabilise à la fois les auteurs autoédités et les ouvrages publiés à compte d’auteur ou par des prestataires de tirage à la demande.
  • Nombre d’auteurs n’effectuant pas cette démarche, les  chiffres du Dépôt Légal ne rendent pas compte que de la partie la plus visible de l’autoédition. Ils ne portent, en outre, que sur les seuls livres imprimés, le Dépôt légal des livres numériques étant en phase d’expérimentation.

« La production des autoédités se distingue de celle de l’édition traditionnelle par une représentation plus forte des fictions romanesques (40 % des ouvrages) mais aussi de la poésie et des récits biographiques. Il est également admis que la littérature de genre, portée par les romans sentimentaux, la science-fiction, les polars, les thrillers ou encore la fantasy, tire son épingle du jeu ».

 

Tous les livres autoédités n’accèdent pas au succès et à la notoriété

  • « S’il est clair que l’autoédition représente un domaine avec lequel il faut de plus en plus compter, il semble que ce marché se signale par une asymétrie significative dans la répartition des retombées financières, avec une concentration sensible des ventes et des revenus sur un nombre réduit d’auteurs à succès ».
  • Une enquête menée auprès d’un millier d’auteurs autoédités donne un aperçu intéressant de leur situation économique. Si  le revenu moyen des auteurs interrogés s’élève à 10 000 dollars, la moitié d’entre eux en réalité avait gagné moins de 500 dollars, tandis que les 10 % les plus riches avaient capté les trois quarts des revenus.
  • « Cette inégalité dans la répartition des ressources», conclut Louis Wiart, « rappelle s’il était besoin que tous les livres autoédités n’accèdent pas au succès et à la notoriété, la majorité des textes restant noyée dans l’immensité des propositions ».

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