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La revue Reset se penche sur les formes et mouvements politiques à l’ère numérique

La plateforme éditoriale Reset : Recherches en sciences sociales sur Internet consacre son dernier numéro aux « Formes et mouvements politiques à l’ère numérique ».

Ce dossier spécial, coordonné par Clément Mabi et Célya Gruson-Daniel, «cherche à questionner la manière dont le « numérique », inséré dans différents contextes, produit de nouvelles formes de mobilisation et d’organisation politiques, ou en stabilise d’anciennes, tout en embarquant avec lui une série de valeurs et de principes qui contribuent en retour à les faire elles-mêmes évoluer.

Clément Mabi et Célya Gruson-Daniel, dans l’introduction reviennent sur les nombreux travaux académiques qui ont analysé le renouvellement des répertoires d’action collective et décrit les nouvelles formes de citoyenneté et d’activisme qu’il entraîne. Ces travaux « prennent appui sur les recherches portant sur la « participation politique en ligne qui ont progressivement dépassé la dichotomie entre les « cyber-optimistes » et les « cyber-pessimistes »  pour proposer une approche « différenciée », centrée sur le déplacement des modes d’action et des formes d’engagement engendré par l’usage des outils numériques pour « parler politique … Cette nouvelle liberté offerte par ces dispositifs numériques est-elle mobilisée pour « faire de la politique autrement » ? L’irruption des « multitudes » dans l’espace public contribue-t-elle à transformer, voir supplanter, l’engagement militant traditionnel, ancré dans des organisations ? Dans quelle mesure ces nouvelles formes d’engagement peuvent-elles être considérées comme de la participation et une activité politique ? Comment les concepts « d’auto-organisation », « d’émancipation collective » ou de « pouvoir d’agir » sont-ils mis à l’épreuve ?».

  • Dans « S’engager dans un cyber parti. Internet et militantisme au sein du parti pirate belge », Hadrien Macq et Vincent Jacquet questionnent la capacité du « numérique » à susciter des formes d’engagements au sein d’une organisation partisane. Il s’agit de mieux comprendre comment l’usage d’internet fait évoluer le militantisme traditionnel en incorporant des représentations particulières des relations entre technologie et société (gestion décentralisée des décisions, engagement à la carte…).«Au-delà de l’idéal type du cyber-militant, deux figures majeures émergent de leur enquête : les militants techniques et les militants relationnels».
  • Dans « Les « civic tech » à l’épreuve des partis politiques», Anaïs Theviot et Eric Treille ont pris le parti d’interroger les évolutions des structures partisanes traditionnelles. Est-il possible d’institutionnaliser les formes de participation auto-organisées, caractéristiques des espaces publics numériques ? Leur enquête sur la manière dont les deux grands partis français ont tenté de copier les initiatives émergentes pour « faire remonter des idées » illustre toute la difficulté de ce type de démarche et rend compte du potentiel déceptif de l’internet, où les idéaux des pionniers ne s’actualisent pas nécessairement dans les usages».
  • Dans « Pourquoi le débat #EuropaCity n’a pas pris sur Twitter ?», Diégo Antolinos-Basso, Flaminia Paddeu, Nicolas Douay et Nathalie Blanc analysent la mobilisation autour d’une controverse environnementale sur le réseau social » ils interrogent les échanges autour du projet sur le réseau social pour analyser les transformations de la citoyenneté environnementale et tentent d’expliquer pourquoi, finalement, la controverse a eu du mal à exister sur Twitter. «Les réseaux sociaux ont-ils véritablement la capacité à corriger les asymétries de ressources et de pouvoir ?».

D’après Clément Mabi et Célya Gruson-Daniel, ces articles permettent de faire ressortir plusieurs résultats transversaux.

  • « D’abord, ils soulignent la nécessité de revenir sur la définition même de ce qu’est le « numérique » et sur la manière dont ce type de formule, tout autant que d’autres expressions telles que civic tech , open ou « communs », peut être mobilisé pour faire valoir différentes représentations de la politique ou de la démocratie aujourd’hui. Les trois enquêtes contribuent ainsi à démystifier les technologies numériques et mettre en visibilité la diversité sociale des rapports au politique qu’elles recouvrent.
  • Ces articles montrent également l’importance de mettre à distance le « solutionnisme technologique » trop souvent avancé pour répondre aux problèmes de la démocratie, invitant, de fait, à relativiser le poids politique des arènes outillées par des technologies numériques et leur difficulté à transformer durablement les relations de pouvoir face aux institutions.
  • Plus largement, ces analyses amènent « à se questionner sur la résilience des institutions et leur capacité à s’imposer comme un acteur incontournable de tout projet de transformation sociale. L’article sur les civic tech partisanes, rend notamment compte de cette permanence des logiques organisationnelles des partis politiques qui finissent par écarter les « sympathisants », ciblés au départ de l’expérience. Dans ce cadre l’appel aux technologies numériques et à leur grammaire participative ne bouscule, finalement, aucun équilibre de pouvoir. Le « numérique » s’impose donc comme une ressource pour des formes politiques qui explorent les tensions entre expérimentations démocratiques et résistance des organisations ».

Sommaire du dossier

  • Clément Mabi et Célya Gruson-Daniel : Formes et mouvements politiques à l’ère numérique
  • Anaïs Theviot et Éric Treille : Les « civic tech » à l’épreuve des partis politiques : Les plateformes participatives de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) et du Parti Socialiste (PS)
  • Diégo Antolinos-Basso, Flaminia Paddeu, Nicolas Douay et Nathalie Blanc : Pourquoi le débat #EuropaCity n’a pas pris sur Twitter ? Analyse de la mobilisation autour d’une controverse environnementale sur le réseau social
  • Hadrien Macq et Vincent Jaquet : S’engager dans un cyberparti : Internet et militantisme au sein du parti pirate belge
Reset : Recherches en sciences sociales sur Internet

En créant cette revue, nous voulons en définitive proposer une plateforme éditoriale consacrée aux études prenant Internet comme objet et/ou comme méthode, tout en conservant les impératifs de rigueur et d’empirie qui font l’intérêt scientifique et social de nos disciplines, et en se gardant des fantasmes futuristes qui rendent plus exotiques qu’intelligibles les changements majeurs provoqués par Internet dans nos sociétés. D’où le nom de RESET : lorsqu’un ordinateur redémarre, sa configuration se met à jour, mais le système d’exploitation reste le même.

Périodicité : Semestrielle

Année de création : 2012

Éditeur : Association Recherches en sciences sociales sur Internet

À propos de l'auteur

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