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27% des personnes de 60 ans et plus en situation d’exclusion numérique

En publiant, le 27 septembre, les résultats d’une étude très riche sur L’exclusion numérique des personnes âgées, les  Petits frères des Pauvres apportent leur contribution au débat : l’étude pointe les spécificités du rapport au numérique des personnes âgées, notamment les plus fragiles d’entre elles.

Réalisée par l’Institut CSA pour le compte de l’association, l’étude distingue une première fracture au niveau de l’équipement (21 % des personnes âgées de 60 ans et plus n’ont toujours pas Internet à leur domicile tandis que 44 % n’ont pas de smartphone) et  une seconde fracture qui concerne les usages : seuls 54 % savent regarder des vidéos sur Internet, seuls 43 % utilisent les réseaux sociaux et uniquement 35 % utilisent leur smartphone pour aller sur Internet.

« Il ne s’agit donc pas seulement, selon les auteurs de l’étude,  d’équiper les personnes âgées, il faut également les accompagner et les former aux nombreux usages des outils numériques … Sachant que seulement 35 % des personnes âgées de 60 ans et plus ont reçu une aide  ou une formation, on imagine aisément les progrès que permettrait la généralisation d’un accompagnement …  L’accompagnement ou la formation ne peuvent  s’appliquer à toutes les personnes âgées :  celles qui n’utilisent pas Internet l’expliquent autant par la crainte de ne pas savoir faire que par un manque d’intérêt».  

Seules 11 % des personnes âgées non-internautes auraient envie de suivre une formation ».« Pour ces réfractaires, il faut donc continuer à trouver des solutions pour contourner les problèmes que pose cette déconnexion – comme pour les impôts par exemple – et qu’une simple hotline ne pourra pas résoudre », concluent les auteurs de l’étude.

Une exclusion qui touche particulièrement les plus de 80 ans et les personnes les plus précaires

  • 27 % des 60 ans et plus n’utilisent jamais Internet, soit environ 4 millions de personnes  (12 % pour l’ensemble de la population française selon le Baromètre du numérique 2017).
  • Alors que la connexion à Internet se fait aujourd’hui plus souvent via des appareils mobiles,  les personnes de 60 ans et plus privilégient l’ordinateur. Seuls 35 % des 60 ans et plus vont sur Internet via un smartphone.
  • Une exclusion qui touche plus particulièrement les plus de 80 ans – soit plus d’1,7 million de personnes – et les personnes aux revenus inférieurs à 1 000 €.
  • 14 % des 60-70 ans sont aussi en situation d’exclusion numérique. « Un chiffre important et inquiétant car ce groupe de non-utilisateurs dans les tranches d’âge plus jeunes vient contredire l’optimisme ambiant qui laisse à penser que la fracture numérique générationnelle s’est résorbée naturellement».
  • « L’exclusion numérique de nos aînés est heureusement en forte régression » avec 73 % d’utilisateurs alors qu’il y a 10 ans seulement 26 % des personnes âgées étaient connectés dont 14 % des plus de 70 ans. « Cette hausse importante ne doit pas occulter que le taux de non-utilisation d’Internet pour cette catégorie de la population est de 15 % supérieur à la moyenne des Français ».
  • « Ceux qui n’utilisent pas Internet se retrouvent de plus en plus en situation d’exclusion face à la numérisation rapide de notre société, y compris pour les classes d’âge les plus jeunes comme les 60-69 ans, encore nombreux à être non-utilisateurs ».
  • Les grands exclus du numérique sont davantage des femmes de plus de 80 ans, vivant seules, avec de faibles revenus.
  • Le sentiment d’exclusion est d’ailleurs ressenti par près d’¼ des 60 ans et plus, y compris par des utilisateurs d’Internet pour qui l’utilisation peut faire prendre conscience de lacunes. Ce sentiment global d’exclusion touche toutes les catégories d’âge.

Quel que soit l’âge, quand on est internaute, on utilise régulièrement le numérique

 Ce résultat  « va à l’encontre d’une idée reçue qui laisse à penser que les personnes âgées ne se servent pas d’Internet. Quand nos aînés sont connectés, au contraire, ils utilisent régulièrement le numérique, y compris pour les plus âgés d’entre eux ».

  • 83 % des internautes de 60 ans et plus se connectent au moins une fois par jour.
  • Un usage régulier qui perdure au-delà de 80 ans avec 78 % des 80-84 ans et 76 % des 85 ans et plus.
  • « L’avancée dans le grand âge n’implique donc pas une diminution notoire de l’usage du numérique ».

Le numérique, vecteur de lien social pour 61%  des internautes de 60 ans et plus

Les bénéfices d’Internet pour maintenir des liens ont bien été compris par les personnes âgées connectées.

  • 61 % des internautes de 60 ans et plus utilisent Internet pour maintenir des liens avec la famille et les proches. C’est l’usage qui arrive en premier et qui est extrêmement profitable aux plus de 80 ans.
  • Les contacts sont réguliers puisque 67 % des internautes de 60 ans et plus ont des contacts avec leur famille au moins plusieurs fois par mois et près de la moitié une à plusieurs fois par semaine.
  • 64 % ont des contacts avec des amis au moins plusieurs fois par mois.
  • L’accès à de nombreuses sources d’information est également plébiscité par 60 % des répondants internautes ou qui vont sur Internet.
  • Pour les démarches administratives en ligne ou l’achat en ligne, seulement 34 % des internautes de plus de 60 ans utilisent Internet pour gagner du temps dans leurs démarches contre 66 % des internautes en général (Baromètre du numérique 2017).
  • L’utilisation des appels vidéo, des réseaux sociaux ou des jeux en ligne est minoritaire.
  • «L’exclusion numérique est devenue un facteur aggravant de l’isolement relationnel. Dans un contexte d’évolution des relations familiales liées notamment aux nouveaux modes de vie et aux mobilités économiques, Internet permet de maintenir des liens sociaux. En être privé est donc un facteur d’isolement».

Internautes ou pas, les démarches en ligne posent problème.

Près d’un tiers des 60 ans et plus a déjà renoncé à effectuer une démarche en ligne.

  • Les démarches qui suscitent le plus d’abandon sont celles liées aux impôts (30 %), aux prestations sociales des caisses de retraite, à l’assurance maladie, la CAF (26 %) et à la possession d’un véhicule (28 %).
  • Pour la télédéclaration obligatoire des revenus en 2019, 39 % des 60 ans et plus comptent demander de l’aide dont 25 % à quelqu’un de leur entourage et 12 % en se déplaçant directement au guichet du centre des impôts.  5 % des personnes interrogées ne savent pas comment elles vont faire.
  • Les personnes âgées  qui sont internautes rencontrent également des difficultés avec ce type de démarches.

Le manque d’intérêt, frein majeur pour les 60 ans et plus qui n’utilisent pas Internet.

La non ou mauvaise maîtrise du numérique est bien sûr un frein important : 59 % des non internautes de plus de 60 ans estiment qu’Internet est trop compliqué et 47 % ne savent pas l’utiliser.

  • La principale raison avancée par nos aînés pour expliquer leur non utilisation d’internet est le sentiment de son inutilité exprimé par 68% des non internautes de 60 ans et plus ( 6 % pour l’ensemble de la population selon le Baromètre du numérique 2017).
  • Seules 11 % des personnes âgées non internautes souhaitent bénéficier d’un accompagnement à l’apprentissage.
  • Le sentiment d’exclusion ou l’expérience du renoncement à une démarche en ligne motive davantage à être aidé par respectivement 30% et 22 % des non-internautes interrogés.
  • Le prix reste un frein important pour les personnes qui ont des revenus modestes (54 %).
  • La peur du piratage des données, elle est légèrement plus importante que dans le reste de la population. 41 % des 60 ans et plus non internautes considèrent le piratage comme un frein contre 34 % pour l’ensemble de la population.

Un apprentissage du numérique par la « débrouille » ou grâce aux solidarités familiales

  • Seulement un peu plus d’un tiers des 60 ans et plus ont bénéficié d’une aide ou d’une formation aux outils digitaux.
  • La solidarité familiale joue un rôle important puisque 18 % des 60 ans et plus déclarent avoir bénéficié d’une aide ou d’une formation de la part de leurs enfants ou petits-enfants et 9 % avec un autre membre de leur famille. Une aide jugée précieuse et satisfaisante par 94 % de ceux qui en ont bénéficié.
  • Ce taux reste élevé quel que soit l’âge de l’apprenant.
Les recommandations Issues de l'étude

Améliorer l’accès au numérique 

Réduire les inégalités de territoire en priorisant les zones blanches qui excluent et pénalisent les internautes comme les personnes les plus éloignées du numérique, tout particulièrement dans les territoires ruraux confrontés à la désertification des services publics et des commerces.

Rendre accessibles les équipements numériques

  • Inciter les entreprises à reconditionner le matériel informatique qu’ils n’utilisent plus pour le donner aux publics en exclusion numérique. En s’inspirant de la loi sur le gaspillage alimentaire ou celle à venir sur le gaspillage vestimentaire.
  • Continuer à inciter les opérateurs à proposer un tarif social concernant l’abonnement à la connexion. Pour les personnes avec de faibles revenus, l’investissement dans un équipement numérique et dans une connexion restent des freins importants. Pour les personnes déjà équipées, le coût de renouvellement de matériel devenu obsolète est également important.
  • Aider à l’installation des équipements pour ne pas décourager les publics les moins experts et proposer des services d’assistance de proximité adaptée et gratuite avec un contact humain.

Favoriser les usages Numériques 

  • Changer le regard sur nos aînés. L’avancée en âge ne doit pas être synonyme d’inaptitude, de perte des facultés et de désintérêt pour les nouvelles technologies. Arrêtons de considérer les personnes, tout particulièrement les plus âgées, comme une « génération perdue » qui ne s’intéressera jamais aux outils numériques et à la digitalisation de la société. 
  • Ne pas résumer l’usage numérique à l’accès aux droits et associer Internet au plaisir d’utiliser. Le numérique est en train de devenir synonyme, pour un grand nombre, de contraintes, d’usage rébarbatif qui renvoient à des situations d’échec. Pourtant, le numérique offre de nombreuses possibilités dont le maintien du lien social.
  • Installer un univers « web-friendly » dans le quotidien des personnes âgées. Installer un contexte facilitant, dans des lieux fréquentés par les personnes âgées (y compris dans des lieux collectifs comme par exemple les EHPAD ou les USLD) est essentiel pour leur permettre d’accéder et de s’intéresser aux outils numériques. 
  • Donner l’envie d’avoir envie » à nos aînés : En évaluant finement leurs besoins, leurs attentes, leurs sources d’intérêt et leurs freins.
  • Former les personnes âgées qui le souhaitent avec une approche personnalisée et favoriser leur autonomie. Il est essentiel de baser l’approche en fonction de leurs centres d’intérêt. Et essentiel de ne pas générer une sorte de « perte d’autonomie institutionnalisée » en n’offrant qu’une aide en faisant « à la place de ».
  • Lancer un plan national d’envergure de lutte contre l’exclusion numérique des personnes âgées piloté par les pouvoirs publics.
  • Respecter le choix des irréductibles réfractaires et leur garantir, ainsi qu’aux personnes dont les difficultés (handicap, maladie, illettrisme…) ne permettront pas l’accès au numérique, un accompagnement humain, pour ne pas créer d’inégalités dans l’accès aux droits.
  • Mettre fin à la complexité de l’e-administration et des sites de services.
  • Préserver la participation citoyenne des exclus du numérique et leur permettre de prendre la parole sur des sujets de société. 
  • Renforcer le cadre juridique pour sécuriser les personnes qui demandent de l’aide et leurs « aidants numériques » concernant la protection des données, la confidentialité et les risques d’erreur.

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