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Collaboration et post-médiation : la BNF à l’âge de la multitude  

« Les nouvelles pratiques conduisent les usagers à devenir des acteurs à part entière soit de la production documentaire de la Bibliothèque (une partie des données pourrait être produite avec eux grâce au développement d’outils d’enrichissement et de corrections), soit de la création de contenus liés à la réutilisation des données publiques. En concevant des plateformes dédiées à ces usages, la BnF se donne pour objectif d’intensifier ces interactions et d’associer plus encore les publics à la création et à la production de contenus » (Contrat de performance 2017-2021 de la BNF)

Dans un article très stimulant, la BNF à l’âge de la multitude, Céline Leclaire, Chargée de mission  à la Bibliothèque nationale de France, dessine les traits de la bibliothèque au 21e  siècle, ouverte et participative,  autour de quelques principes :

  • Collaboration : « il importe non seulement d’intégrer le participatif dans le fonctionnement courant de la bibliothèque, mais il faut surtout changer d’échelle dans sa capacité à impliquer « la multitude ». La BnF souhaite, à terme, intégrer une dimension participative directement dans Gallica elle-même – a priori d’ici trois ou quatre ans, après qu’elle aura mis en place des mises à jour en temps réel. le Gallica Studio déploie d’ores et déjà « un champ d’initiatives non bridé par une logique institutionnelle, terrain de jeu ouvert à l’inattendu et à l’éphémère».
  • Post-médiation : à la fois élargissement en termes de contenus présentés et grande diversification des modes d’appropriation proposés. « Ces modes sont placés sous le signe du faire, selon l’idée qu’il ne faut plus proposer un service tout fait, qui ne laisse plus rien à faire à l’utilisateur … Les mots clés de la post-médiation sont l’outil, le mode d’emploi, la documentation, et leur avatar contemporain, la plateforme de développement GitHub. Il ne s’agit plus de se demander « que trouver ? » ni même « comment trouver ? » mais « comment faire ? ».
  • Indirection : s’ouvrir à l’inattendu et à l’éphémère, se défaire de ses propres objectifs pour laisser une place à ceux de la Multitude. Cette « posture d’humilité » concerne les objets, les documents, les collections, les contenus (qui peuvent être détournés et utilisés aux fins propres des utilisateurs) mais aussi   l’institution elle-même : la BNF «anime une communauté plutôt qu’elle n’offre un service fini, elle favorise le croisement de différents cercles d’usagers et communautés d’intérêt ; elle construit et organise une relation internaute-internaute et non plus seulement une relation bibliothécaire-internaute ».
  • Modèle de plateforme : « En plus d’être malléable et ouverte, une plateforme est capable d’intégrer des éléments externes qui ne sont pas nécessairement proches des bibliothèques et/ou ne passent pas par leurs canaux mais lui permettent, par ricochet, de toucher un public qu’elles ne peuvent pas toucher autrement ».

A l’appui de cette ambition, l’auteure cite une série d’initiatives et projets passés ou en cours à la BNF.

  • Numérisation collaborative : Dans le cadre du projet de recherche FUI Ozalid pour la conception de la plateforme CORRECT (Correction et enrichissement collaboratifs de texte), la BnF proposait en 2015 à ses usagers de corriger les documents numérisés provenant de Gallica. Ce projet a permis  d’explorer les possibilités d’enrichissement des documents afin d’en produire de nouvelles versions (livre électronique, édition adaptée aux personnes non-voyantes…).
  • Partenariat entre BnF et Wikimédia France  :  ce partenariat, signé en 2010, permet aux internautes, au travers de Wikisource, d’avoir accès aux transcriptions d’œuvres tombées dans le domaine public issues de Gallica. « Ces textes, numérisés par la BnF, ont bénéficié d’une transcription automatique afin de permettre la recherche directe dans le texte. Toutefois, sur des textes anciens, cette reconnaissance automatique introduit souvent des erreurs. Ce partenariat va permettre aux internautes de participer à la correction des textes afin que ceux-ci soient en tout point conformes avec la version originale ». 
  • Association du monde éducatif : La BnF développe autour de Gallica un réseau de Gallicanautes enseignants. Elle lance des défis tous publics conçus pour que les élèves puissent les relever et accompagne des projets particuliers – par exemple un projet pédagogique d’annotation participative d’EPUB : les EPUB ainsi enrichis apparaîtront dans le Gallica Studio en attendant d’être, un jour, intégrés dans Gallica.
  • Ouverture des ressources par défaut : après les données de data.bnf.fr, les données du Catalogue collectif de France sont sous licence ouverte de l’État depuis le 1er janvier 2018. La BNF a ouvert le code du logiciel « BnF Collecte du Web (BCWeb) aux développeurs de la communauté des archives du web. BCWeb est l’outil développé par la BnF pour sélectionner les sites à collecter dans le cadre du dépôt légal du web. La BnF ouvrira prochainement le code source de son rapport de recherche développé par la BnF à partir des API ouvertes de Gallica.
  • Hackhatons : le premier hackathon de la BNF en 2016 avait permis de faire émerger les projets Gallicarte. (qui permet  de géolocaliser les réponses à une requête dans Gallica) et gallical.lol (un outil de création de mèmes à partir des images de Gallica). Le second hackathon, en  novembre 2017, était consacré à la musique.  8 projets ont vu le jour au cours de cet évènement,  dont le projet Musiviz, un prototype offrant une visualisation enrichie des documents sonores de Gallica.
  • Gallica Studio :  Ce   dispositif d’expérimentation mis en place fin 2017 donne accès des tutoriels, à API et des morceaux de code. « À la différence de nombreux sites institutionnels et bibliothèques numériques qui relèvent d’une démarche de mise à disposition de ressources et services préalables, organisés et structurés, le Gallica Studio n’offre rien de vraiment prévisible puisqu’il repose essentiellement sur les initiatives et les réappropriations des Gallicanautes qu’il vise à mettre en valeur »…
  •  « Adoptez un livre » : ce dispositif permet à un « ami de la BnF » contribuer par un don (déductible des impôts à hauteur de 66 %) à la numérisation des ouvrages de la BNF et d’apposer son nom dans la notice du document de Gallica dont il aura soutenu la numérisation.
  • La tente de numérisation : cette installation légère et mobile, constituée d’un support qui se place au-dessus du document à reproduire et sur lequel peut être fixé un simple smartphone, permet aux publics de procéder eux-mêmes à la numérisation dans les murs de la BnF. « De fait, les chercheurs et généalogistes, prennent déjà de nombreuses photographies : l’idée serait de tirer profit de cette forme de numérisation pour enrichir la liste des documents dématérialisés par la BnF tout en permettant à chacun de se dire : J’ai contribué ». 

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