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Comment tirer parti du numérique pour développer les territoires ruraux ?

Dans le cadre de la politique gouvernementale pour les zones rurales et les villes moyennes, deux députés du Lot et de l’Aveyron, Stéphane Mazars et Aurélien Pradie, se sont vu confier une mission prospective afin d’évaluer « les conditions de l’innovation et l’impact des nouvelles technologies et du numérique pour favoriser le développement des territoires ruraux ».

Les disparités en termes d’accès et d’usage des technologies numériques restent vives entre les zones urbaines et les territoires ruraux.

Dans son baromètre de la cohésion des territoires, le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET) avait retenu deux indicateurs pour évaluer les inégalités entre territoires : un indicateur de couverture numérique (part des locaux éligibles au Très Haut débit) et un indicateur composite d’accès aux technologies du numérique (taux d’espaces publics numériques pour 100 000 habitants, sentiment de profiter ou non des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies, compétences pour utiliser divers équipements numériques).

Médiation et formation : deux priorités pour le Réseau rural français (RRF

Le Réseau rural français (RRF), copiloté par le Ministère chargé de l’agriculture, le Commissariat Général à l’Égalité des Territoires (CGET) et l’Association des Régions de France (RdF), a rendu public en novembre 2017, à l’occasion de son séminaire annuel, un rapport sur « L’impact des usages du numérique sur le développement rural : Constats & Questionnements ».

Outre les enjeux liés à la couverture numérique en Très Haut débit, ce rapport met en relief deux priorités : formation et médiation

  • « De nombreux élus et acteurs locaux et territoriaux peinent à saisir la dimension politique, globale et prospective du numérique, les transformations socio-économiques en cours et à venir qu’il suscite. 
  • La majorité des habitants se sait utiliser ces technologies pour des usages particuliers. Mais ce n’est pas le cas pour 15 à 20 % d’entre eux qui connaissent un vrai problème dans les usages du numérique ou ne savent tout simplement pas s’en servir.
  • L’enjeu de formation concerne aussi l’agriculture : l’utilisation de données numérique transforme aussi ce métier et nécessite pour cela des formations à la maîtrise des outils.
  • Plus la société devient numérique, plus elle appelle de nouveaux lieux physiques de médiation et d’accompagnement des citoyens.  Ces lieux peuvent prendre des formes très différentes : maisons de services aux publics, espaces publics numériques, tiers lieux, points contacts postaux. 
  • Ces espaces de médiation ne concernent pas seulement les citoyens mais aussi les élus et les agents des collectivités.  Il est aussi proposé la création d’un service national mutualisé de conseil et d’assistance à leur intention. »

Persistance des écarts entre ruraux et urbains dans l’accès et l’usage des services numériques

Plusieurs indicateurs du Baromètre Numérique suggèrent que les écarts entre ruraux et urbains dans l’accès et l’usage des services numériques persistent.

  • Un taux plus élevé de non-internautes en milieu rural : On observe en 2017, dans les villes moyennes, le taux le plus faible d’internautes : 83 % contre 88 % pour l’ensemble de la population (86 % dans les zones rurales, 94 % dans l’agglomération parisienne).
  • Un moindre usage des services numériques : Les habitants des zones rurales (63 % et 61 %) recourent moins fréquemment aux services e-administration que les urbains (74 %). Ils sont moins présents sur les réseaux sociaux (57 % et 55 %) que les urbains (59 %). Leur profil d’usage des services d’achat en ligne et des services d’économie collaborative (échange de biens et services entre pairs) sont, en revanche, très proches de ceux des urbains.
  • Les compétences déclarées pour l’utilisation des smartphones (63 % et 65 %) les distinguent sensiblement des urbains (72 %).
  • Une moindre propension à adopter de nouvelles technologies ou services numériques : 29 % des résidents dans les unités de moins de 2000 et 27 % dans celles de 2000 à 20 000 habitants déclarent qu’ils ne sont pas prêts à adopter de nouvelles technologies ou services numériques contre 20 % dans les villes de plus de 100 000 habitants et 13 % dans l’agglomération parisienne.
  • Un sentiment d’exclusion numérique : Une proportion élevée de personnes résidant dans les villes de moins de 20 000 habitants déclare « ne pas profiter du tout des opportunités offertes par le numérique » : c’est le cas tout spécialement « pour la vie de tous les jours », pour la vie citoyenne ainsi que dans le domaine des loisirs.

Une mission pour développer les espaces de travail collaboratif dans les villes moyennes et les zones rurales.

Le ministère de la Cohésion des territoires a mis en place une mission chargée de formuler des propositions pour développer les espaces de travail collaboratif y compris dans les villes moyennes et les zones rurales. Cette mission, animée par Patrick Levy Waitz, vient d’ouvrir une consultation publique en ligne pour « identifier les modèles de tiers lieux et d’espaces de coworking existants et mieux comprendre les enjeux actuels et futurs, mais également les moyens de développement ». Les phases de la consultation sont axées autour des attentes et des besoins des utilisateurs des tiers lieux. Cette consultation est ouverte jusqu’au 15 juin 2018.

Les tiers lieux en milieu rural, catalyseurs de développement local

La promotion du coworking en milieu rural est portée par une ambition de revitalisation des territoires et des centres-bourgs. Elle s’appuie sur la notion d’écosystème régénératif  développée par la Caisse des Dépôts et Consignations.

Selon Franck Chaigneau, expert en développement rural à la CDC, « la notion part du constat d’une inadéquation des outils classiques du développement économique à des contextes ruraux ». La vision d’un développement économique envisagé sous le prisme des secteurs d’activités, des filières économiques, des équipements ou des infrastructures semble en effet peu adaptée aux territoires de faible densité. Par ailleurs, l’approche métropolitaine de l’innovation, centrée sur les questions technologiques, de concentration des talents et d’équipements de R&D, semble également exclure les territoires ruraux des cadres classiques du développement territorial ».

Selon Raphaël Besson, Directeur de Villes Innovations et chercheur au CNRS, les  tiers lieux »  en milieu rural  « doivent permettre de faire vivre des services de proximité́ en accueillant dans les centres des travailleurs indépendants, des salariés ou des néo-ruraux. Ils apparaissent comme des points névralgiques pour (ré)activer les ressources des territoires ruraux et ancrer de nouvelles formes d’innovation et de développement, en dehors des contextes métropolitains. Ils sont conçus par les pouvoirs publics comme de nouveaux outils au service de la régénération des territoires de faible densité ».

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