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Connectivité et plateformes numériques pour revitaliser les villes moyennes

Le gouvernement avait annoncé, lors de la conférence nationale des territoires du 14 décembre 2017, à Cahors, un  programme « Action cœur de ville »  pour enrayer et inverser la dévitalisation des villes moyennes.

« De nombreux centres de villes moyennes sont aujourd’hui en danger, avec une baisse de la population, un taux de vacance commerciale croissant et une paupérisation des centres. Cette situation dégradée a des origines multiples, qui tiennent à la fois au départ des habitants vers des habitations plus spacieuses et confortables en périphérie, à la fermeture ou transfert des services publics ou privés (professions libérales), à la concurrence croissante de centres commerciaux en périphérie proposant une offre diversifiée, à la concurrence du e-commerce, aux difficultés de transport et de parkings, et souvent à un manque d’animation des villes ».

Toute une série d’indicateurs, analysés par le Laboratoire « Société Numérique »  suggèrent que les habitants de ces villes moyennes figurent aujourd’hui parmi ceux qui bénéficient aujourd’hui le moins des opportunités liées au numérique.

André Marcon, président honoraire des chambres de commerce a remis, le 15 mars,  au ministre de la Cohésion des territoires, le rapport d’une mission prospective sur la revitalisation commerciale des villes petites et moyennes.

Une rupture numérique

La prise en compte « des nouveaux usages numériques » est l’un des fils directeurs du rapport  qui constate une « rupture numérique … très marquée dans les centres-villes », une rupture numérique  amplifié par trois phénomènes:

  • La couverture en haut débit dans le cadre du déploiement de la fibre sur le territoire national se fait d’abord dans les espaces péri-urbains des villes,
  • La proposition d’une couverture Wifi reste encore une innovation proposée par les espaces de périphérie alors qu’elle a un effet majeur sur la fréquentation des touristes (étrangers en particuliers), des adolescents dont le forfait donné très réduit,
  • Les commerçants indépendants ont une réticence culturelle à l’utilisation du numérique ajouté à un déficit d’accompagnement opérationnel.

Une accélération du développement de centres-villes connectés

« Le numérique occupe une place prépondérante en 2017 et le commerce, comme tous les autres secteurs, s’en retrouve fortement impacté. Le web-to-store, le click&collect, les points relais etc., sont autant de notions qui montrent qu’il existe une forte complémentarité entre les outils numériques et la boutique physique. En effet, un commerce connecté, autrement dit un commerce faisant bon usage du numérique, peut espérer élargir sa zone de chalandise, augmenter sa fréquentation et ainsi augmenter son chiffre d’affaire. En d’autres termes, ne pas être présent sur internet, ne pas disposer de stratégie de distribution en ligne, ne pas veiller à sa e-réputation revient à se couper directement d’une part importante de la clientèle actuelle ».

Pour permettre à la ville et à ses acteurs d’entrer de plein pied dans la révolution numérique, le rapport recommande, les mesures suivantes.

  • Un plan « Fibre centre-ville » Accélérer le déploiement de la fibre en mettant les moyens pour un développement prioritaire sur le centre-ville: Le retard pris par les centres-villes n’incite pas le développement de stratégies numériques par les commerçants et incite les entreprises tertiaires à s’implanter sur les espaces périphériques réduisant l’emploi en coeur de ville.
  • Une contractualisation avec les opérateurs pour un développement de la Wifi ou Lifi en coeur de ville Une nécessité pour offrir un service supplémentaire facteur d’attractivité commerciale et résidentielle. La Wifi peut être aussi d’être le déclencheur d’opération collectives numériques de la part des associations de commerçants : comptage des clients et des flux, émission de SMS promotionnels, etc. …
  • Soutien au développement d’une signalétique et de mobiliers numérique La signalétique est souvent un sujet de débat lors des aménagements de coeurs de ville. À entendre les commerçants, la signalétique est toujours insuffisante. Rappelons d’abord quelques points de réflexion. Premièrement, la signalétique est l’outil d’accompagnement qui permet souvent de corriger ce que l’absence (ou le manque de pertinence) du traitement urbain n’a pas résolu. Ainsi, mieux vaut une continuité d’aménagement urbain pour indiquer que le centre-ville se poursuit dans cette rue, qu’une dizaine de réglettes nominatives empilées et forcément peu mises à jour. Ensuite, à l’heure du commerce connecté, un petit totem avec un flashcode à lire avec son smartphone pour accéder à un site de géolocalisation des commerces ne sera pas plus utile sans les problèmes Fini les problèmes de mise à jour de la signalétique physique. En zone rurale travailler à l’inclusion, dans ses panneaux de signalétique d’émetteurs Bluetooth permettra de compenser un réseau 3G insuffisant.

La numérisation des commerces de proximité et des activités artisanales

« La progression du commerce électronique peut contribuer à dévitaliser certains centres-villes et à affecter des entreprises traditionnelles. L’enjeu est de mobiliser des outils et des produits qui génèrent des flux d’information mais aussi des flux physiques. Il est nécessaire « d’organiser le commerce dans la ville », en impulsant une vision collective qui optimise le parcours de l’acheteur et favorise concrètement les nouveaux usages : livraison urbaine, points de retrait, conciergeries, sites vitrines, etc ».

Le rapport recommande plusieurs mesures :

  • Encourager la mise à disposition de plates-formes numériques (sites mutualisés), de favoriser l’implantation de conciergeries numériques, de développer des outils pratiques d’autodiagnostic, des comparatifs de conditions d’accès aux services numériques, des fiches réflexes, des vidéos et des solutions collectives. Ces dernières peuvent être financées par le FISAC, dans le cadre de stratégies partagées par les acteurs publics et privées.
  • Étudier l’opportunité d’implanter des conciergeries numériques en centre-ville. Partant du constat selon lequel les commerçants ne peuvent rivaliser avec les « grands du e-commerce », la CCI Hauts-de-Seine a proposé à la ville de Sceaux de travailler en partenariat avec la Poste à la création d’une plateforme numérique mutualisée de vente en ligne afin de dynamiser l’activité des commerçants locaux et faciliter les achats des consommateurs à travers une conciergerie numérique. En quelques clics, le client peut faire ses achats dans différents commerces de la ville avec un paiement sécurisé.
  • Proposer aux commerçants un modèle de place de marché mutualisé du type achat-ville.com  (plateforme élaborée par la CCI Grenoble et utilisée par 23 CCI) ou Mes commerçants du Grand Hainaut (accompagnement CCI Grand Hainaut) qui permet aux commerçants de développer leur activité en ligne et en magasin (web to store) sur une plateforme mutualisée et à des tarifs attractifs. AchatVille notamment propose aux commerces et services de proximité une gamme d’offre allant d’une vitrine simple avec des outils marketing web-store à des fonctionnalités très avancées en e-commerce.
  • Une plateforme numérique de mise en relation (circuits courts) « D’un côté, certains producteurs ne peuvent pas, par manque de temps ou autre, écouler seuls l’intégralité de leur production. D’un autre côté, des professionnels des marchés, soucieux de qualité et de proximité, pourraient développer des achats directs chez le producteur s’ils connaissaient en temps réel les disponibilités à la vente en gros des produits locaux autour de chez eux et s’approvisionneraient directement sur le lieu de production. Afin de garantir la juste rémunération du producteur, les coûts de fonctionnement de cette plateforme devraient être moindres. Dans le cadre du programme « transition numérique » et les financements de BPI France, cette mission pourrait être mise en place par les Conseils régionaux (qui ont la compétence Economie) et les 3 organismes consulaires (agriculture, commerce, métiers).

 

À propos de l'auteur

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