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Croissance des espaces dédiés au coworking et développement du travail partagé dans les « tiers lieux »

Le ministère de la Cohésion des territoires vient de lancer une mission chargée de formuler des propositions pour développer les espaces de travail collaboratif y compris dans les villes moyennes et les zones rurales.

« La diversité de modèles des espaces de coworking témoigne de la diversité des besoins. Les villes moyennes et la ruralité ne bénéficient pas toujours de ce transitions qu’il convient d’accompagner  pour les amplifier  et les diffuser. Dans cette perspective, ce sont les conditions de réussite qui doivent être identifiées pour que chacun puisse les mobiliser en faveur des territoires de France ».

Il s’agira, selon la lettre de mission, « d’établir un diagnostic partagé avec les acteurs des territoires sur la dynamique des espaces de coworking afin de permettre au Gouvernement d’identifier les modèles les plus adaptés aux territoires, ainsi que les modèles économiques les plus performants ». Un premier rapport d’étape sera remis à la fin du mois de mars, et un rapport d’approfondissement à la fin du mois de juin.

  • Selon l’enquête IPSOS Revolution At work, 52 % des Français souhaitent  travailler plus souvent ailleurs que sur leur lieu de travail : dans des espaces de coworking ou des cafés.
  • Selon les dernières données de la Caisse nationale du réseau des Urssaf (Acoss), près de 1,2 million de personnes étaient inscrites comme microentrepreneurs fin juin 2017 :  seulement un peu plus de la moitié (686 000) déclaraient un chiffre d’affaires.
  • Malt et Ouishare évaluent à 830 000 sont le nombre de freelances  : des indépendants sans salariés dans les professions intellectuelles (leur nombre a augmenté de 126% en 10 ans).
  • 25% des salariés pratiquent le télétravail:  si 6 % le pratiquent dans un cadre contractualisé,  19 % travaillent à distance de façon informelle et non contractualisée.

Portés par le développement  du télétravail et par l’essor des nouvelles formes d’emploi non-salarié,  les espaces de travail partagé ou espaces de travail collaboratif fleurissent sur le territoire.

Pour prendre la mesure du phénomène, il convient probablement de distinguer deux facettes dans cet essor des espaces de coworking :

  • l’ouverture de lieux principalement ou exclusivement dédiés au travail partagé, associatifs ou commerciaux
  • le déploiement  « d’espaces de travail partagé » dans  les autres  « tiers lieux » : espaces publics numériques, fablabs, incubateurs, hôtels d’entreprises.

Tant au niveau local que régional, les acteurs publics constituent souvent les premiers partenaires et soutiens des espaces de travail collaboratifs.

Près de 700 espaces dédiés au coworking, inégalement répartis sur le territoire

Le terme de coworking a été utilisé pour la première fois en 1999, par Bernie de Koven, un game designer américain. Il désignait alors une manière de travailler ensemble, d’égal à égal, en cassant les codes habituels du travail de hiérarchie qui sépare les personnes par le rang et le niveau de rémunération. Les premiers lieux de coworking qui se sont créés se sont éloignés de la définition originelle, pour proposer des environnements de travail dans lesquels il est possible de travailler seul, ensemble. C’est-à-dire qu’ils ont regroupé dans un même lieu un ensemble de personnes qui pouvaient travailler individuellement sur leur propre projet.

Le premier lieu de coworking, le C-Base, est né en 1995 à Berlin en regroupant une communauté informatique.

Depuis, ces espaces connaissent un essor remarquable dans le monde. La France s’inscrit dans la même tendance : on y comptait 120 espaces de coworking en 2013, 400 en 2013 : près de 600 espaces sont recensés en 2017.

Issu de l’économie numérique et collaborative, le concept de coworking a depuis été repris par les professionnels de l’immobilier d’entreprise qui développent des enseignes dédiées depuis quelques années. L’arrivée de Blue Office, filiale de Nexity, en 2014, et celle de NextDoor, filiale de Bouygues, signent l’adaptation du concept sur le marché immobilier.

Les espaces de coworking se sont surtout développés initialement dans les centres villes, avec un public composé de travailleurs indépendants (free-lance, créateurs d’entreprises, autoentrepreneurs), start-up, micro-entreprises (TPE), avant de s’ouvrir à des salariés, souvent issus de grands groupes.

Le groupe BAP (Bureaux A Partager) recense près de 700 espaces de coworking en France.  L’Île-de-France en regroupe à elle seule près d’un tiers, dont les trois-quarts ont été créé après 2010.

La Région Île-de-France tient à jour son propre recensement des espaces des espaces de travail partagés offerts à la location :  elle comptabilisait ainsi début 2018, 182 espaces de coworking, 189 bureaux mutualisés, auxquels 68 espaces de micro-working aménagés dans les gares.

Une implication croissante des collectivités

Alors que les collectivités ont tenté, de longue date, d’encourager le développement de télécentres, l’émergence des tiers-lieux et des espaces de coworking  a résulté, dans un premier temps, de dynamiques associatives spontanées.

Métropoles et régions affichent désormais leurs ambitions pour le développement d’espaces de  coworking et de tiers-lieux.

Selon une étude réalisée pour le compte de l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) et de l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF), 88% des intercommunalités envisagent de développer de nouveaux espaces de travail collaboratifs. Alors qu’elles ont plutôt soutenu dans le passé  l’implantation d’hôtels d’entreprises et de pépinières (dans une logique d’hébergement), puis d’incubateurs, les intercommunalités semblent privilégier désormais les espaces de coworking qui représentent  94% des structures d’immobilier d’entreprise crées sur leur territoire au cours des cinq dernières années. 29% d’entre elles ont noué des partenariats avec des acteurs privés dans le cadre de ces espaces de travail.

La Région Île-de-France a soutenu financièrement 68 projets d’espaces de travail (espaces de coworking, télécentres, centres d’affaires) entre 2012 et 2015 : 26 à Paris, 16 en Seine-et-Marne, 8 en Seine Saint-Denis, 6 dans les Hauts-de-Seine, 5 dans le Val-de-Marne, 2 en Essonne, 2 dans les Yvelines, 4 dans le Val-d’Oise. Elle s’est assignée en 2016 l’objectif de susciter l’apparition d’un réseau de 1000 tiers lieux en Île-de-France, en priorisant les territoires les moins dotés en tiers lieux (zones périurbaines et rurales).

C’est une démarche de même nature qui avait été mise en oeuvre par les Régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes  au travers d’appels à manifestation d’intérêt communs aux trois régions en 2015 et en 2016. La région Nouvelle Aquitaine, qui résulte de la fusion de ces trois régions, compte aujourd’hui 52 espaces de coworking, 8 télécentres, et 12 centres d’affaires. La Région Nouvelle-Aquitaine prévoit un réseau réparti d’environ 300 espaces de coworking et/ou fablabs collaboratifs en 2020. Près de la moitié des 120 nouveaux espaces devraient pouvoir être soutenus par la Région en 4 ans. C’est l’objet du nouvel Appel à manifestation d’intérêt  Tiers-Lieux 2017- 2018.

En novembre 2017, la région Hauts-de-France annonçait, à son tour, que le renforcement des tiers-lieux constituerait un pilier de sa politique numérique. La Région les soutiendra ainsi à hauteur de 50% pour leurs investissements jusqu’à 30 000 euros en faveur des actions d’animation. A cela s’ajoutera une aide au démarrage des nouveaux projets, ainsi qu’un soutien sur trois ans jusqu’à 45 000 euros.

Hybridation, diversification, nouvelles combinatoires : le coworking se fraye une place dans les autres tiers lieux

Dans le cadre d’une expédition consacrée a aux mutations des tiers lieux à l’ère du numérique, la FING met en relief  l’hybridation des divers types de tiers-lieux : espaces de coworking, Fab labs, food labs, hackersspaces, recyclerie, accorderie etc. collectives.

« La communauté est souvent un élément central de ces nouveaux lieux. Les utilisateurs du lieu ne sont pas que des usagers accédant à des services, mais ont un rôle plus actif : membres de la communauté du lieu, ils y contribuent en amenant leurs compétences, projets, idées voire en proposant des services… L’animation et les temps événementiels, assurés par les porteurs du lieu, sont essentiels dans ces espaces, afin de stimuler rencontres et frictions entre les utilisateurs, qui peuvent eux-mêmes contribuer à l’animation et au fonctionnement de ces lieux. Tous ces lieux revendiquent une communauté, mais celle-ci recouvre différentes réalités : plus ou moins animée, encourageant plus ou moins de partage, etc. Les limites des communautés sont aussi parfois questionnées : elles se bâtissent ainsi souvent en jonglant habilement entre inclusion et exclusion : ouvrir suffisamment à une diversité de profils, mais bâtir des codes et des valeurs – mêmes implicites – qui en excluront d’autres, au risque de favoriser “l’entre-soi » ».

Le fonctionnement, la gouvernance et l’équilibre financier des tiers-lieux nécessitent aussi de trouver des modèles propres. «C’est en cela que de nouvelles combinatoires émergent ; certains lieux proposent ainsi toute une gamme de services mais accueillent également des services tiers (livraisons de paniers, cours de sophrologie…), d’autres diversifient leurs activités comme autant de sources de revenus différentes».

En outre, « si les espaces de coworking et leurs proches parents sont encore dédiés avant tout à un usage professionnel, l’évolution de l’entreprise et du travail contribue à faire émerger d’autres types de lieux qui ne sont plus consacrés au travail, mais à l’activité, productive ou non ».

La Fing pointe aussi l’extension de ce nouveau mode de vie collaboratif à la sphère privée :« certains tiers-lieux proposent désormais des services annexes tels qu’une crèche, comme c’est le cas de la Ruche à Marseille, des salles de sport etc. D’autres vont encore plus loin en proposant des espaces de travail et des espaces de nuit pour vivre et travailler au sein d’un même espace. Progressivement, au sein de ces lieux, les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompent, les coworkers deviennent colocataires, loisirs et travail s’entrecroisent».

Le coworking domine le paysage des Tiers Lieux en Aquitaine

Selon l’enquête réalisée auprès des tiers lieux en Nouvelle Aquitaine , 71 % d’entre eux proposent des espaces de coworking et 41,5 % des bureaux individuels openspace.coworking. Si le coworking domine dans le paysage des tiers-lieux aquitains, 92 % d’entre eux proposent des activités annexes avec, en tête, la formation et le partage de savoirs, espace culturel ou de médiation suivis de près par des services de restauration. Existent également des activités de conciergerie (16 %), de boutique (11 %), de ressourcerie (9 %), d’habitat (7,7 %) et de médiation numérique (6 %).

Si le modèle associatif est le portage privilégié des tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine bien loin devant le portage privé ou public seul, l’enquête souligne une progression des portages mixtes entre acteurs privés et publics.

Chronique d’une hybridation

Trois chercheuses Martine Azam, Nathalie Chauvac et Laurence Cloutier ont analysé, dans Chronique d’une hybrydation, l’émergence d’un tiers-lieu toulousain dénommé “Le Multiple”. Elles décrivent la genèse d’un lieu qui associe et combine FabLab, espace de coworking, organisation d’évènements et mise en œuvre d’un show-room où les créations des designers et des artisans sont visibles depuis la rue. Leur analyse, qui prend la forme d’une histoire racontée en trois temps : (rencontre entre les “mondes” du fablab et celui de l’économie sociale et solidaire, engagement et structuration), fait apparaître le rôle-clef joué par le lieu : tantôt prétexte, tantôt moteur, tantôt catalyseur ».

Tiers lieux et espaces de coworking en milieu rural

La promotion du coworking en milieu rural est portée par une ambition de revitalisation des territoires et des centres-bourgs. Elle s’appuie sur la notion d’écosystème régénératif  développée par la Caisse des Dépôts et Consignations. Selon Franck Chaigneau, expert en développement rural à la CDC, « la notion part du constat d’une inadéquation des outils classiques du développement économique à des contextes ruraux ». La vision d’un développement économique envisagé sous le prisme des secteurs d’activités, des filières économiques, des équipements ou des infrastructures semble en effet peu adaptée aux territoires de faible densité. Par ailleurs, l’approche métropolitaine de l’innovation, centrée sur les questions technologiques, de concentration des talents et d’équipements de R&D, semble également exclure les territoires ruraux des cadres classiques du développement territorial ».

Selon Raphaël Besson, Directeur de Villes Innovations et chercheur au CNRS, les  tiers lieux »  en milieu rural  « doivent permettre de faire vivre des services de proximité́ en accueillant dans les centres des travailleurs indépendants, des salariés ou des néo-ruraux. Ils apparaissent comme des points névralgiques pour (ré)activer les ressources des territoires ruraux et ancrer de nouvelles formes d’innovation et de développement, en dehors des contextes métropolitains. Ils sont conçus par les pouvoirs publics comme de nouveaux outils au service de la régénération des territoires de faible densité ».

Une première génération de « télécentres » avait déjà vu le jour en milieu au cours des années 2000. Au travers d’un appel à projet  en 2005,  la DATAR (à l’époque la DIACT)   fixait un objectif de 100 télécentres accueillant 1000 emplois à l’horizon 2007.  Les projets localisés pouvaient recevoir   20 000 euros pour quatre postes de travail. Début 2011, 35 télécentres en zone de revitalisation rurale étaient opérationnels. En 2011, le géographe Bruno Moriset dressait un bilan sévère de ces télécentres : « près de la moitié étaient vides la plupart du temps, plus d’un quart étaient des fiascos complets. … La création de ces centres a été parfois motivée par l’effet d’aubaine, sans que les élus et responsables des collectivités concernées aient une vision préalable du télétravail et du développement numérique du territoire ». (Sur 28 télécentres, 10 centres ne voyaient jamais de télétravailleurs, 8 centres recevaient entre un et cinq télétravailleurs réguliers ou permanents).

Bruno Moriset tirait, en 2011, une série d’enseignements de cet échec relatif :  « Pour réussir, un télécentre doit apporter aux télétravailleurs indépendant ou salariés une plus-value qui justifie une déplacement, et le paiement d’un loyer, même modeste. Cette plus-value peut être apportée dans plusieurs domaines :

  • un environnement de travail de standing professionnel, propice notamment à l’accueil des clients, et flexible d’utilisation (accessible 24 h. sur 24 et 365 jours par an pour les utilisateurs réguliers)
  • un dispositif technique d’un niveau supérieur à ce que les télétravailleurs peuvent attendre à domicile, sécurisé, propre à satisfaire les entreprises qui emploient des télétravailleurs salariés
  • de l’animation et des services de nature à créer de la convivialité, du lien social, du « réseautage » »

La  promotion du coworking en milieu rural suscite depuis deux ans de nouvelles initiatives, régionales ou departementales :  dans le Perche, le Verdon, l’Orne, le Haut-Jura, l’Ardèche méridionale, ou encore en Aquitaine à Mont de Marsan, Hagetmau, Mimizan ou Captieux.

L’accent est désormais  placé sur la mise en réseau, la professionnalisation,  l’animation, l’adossement ou le croisement avec d’autres formes de tiers lieux, comme les Maisons de service au Public (MSAP), les espaces publics numériques (EPN) ou des pépinières. En Lozère, le réseau de tiers lieux Solozère, co-porté par la Maison de l’Emploi et de la Cohésion Sociale et Lozère Développement, propose un ensemble de services gratuits (accès haut débit, accompagnement juridique, outils collaboratifs…) : il repose sur 13 lieux d’accueil (dont 9 adossés à des Maisons de Service Au Public.

Quatre profils-types d’usagers des espaces de coworking

Les usagers des espaces de coworking dépendent de leur offre de services, leur spécialisation éventuelle, mais aussi de leur zone d’implantation. Au-delà des équipements mutualisés (imprimantes, salles de réunion, réseau haut débit) et de la domiciliation juridique, ils viennent y chercher du lien social, de la convivialité et des opportunités de mise en réseau, toujours avantageuses pour les travailleurs indépendants en recherche de contrats.

Ces lieux permettent aussi une circulation des informations, bénéfiques aux petites entreprises hébergées.

L’IAU (Institut d’aménagement et d’urbanisme de la Région parisienne) distingue  ainsi quatre profils d’usagers des espaces de coworking :

  • Le jeune diplômé devenu travailleur indépendant (25-35 ans) après ses études ou un court passage en entreprise. Le statut est en général celui de microentrepreneur, puis évolue vers celui d’EURL/SARL, selon la dynamique de leur secteur d’activité.
  • La petite entreprise dans une phase de création ou de croissance, gérée par 2-3 fondateurs de moins de 30 ans qui créent une SA et emploient des salariés. Une occupation transitoire est parfois suivie d’un déménagement dans des bureaux plus spacieux.
  • Le travailleur indépendant ayant une expérience de l’entreprise (35-45 ans), qui a préféré exercer seul dans son champ de compétence initial, ou en reconversion professionnelle.
  • Le salarié nomade ou en télétravail, statut plus rare (12 % des usagers) mais amené à se développer. La part des télétravailleurs augmente à mesure que cette pratique se développe dans l’organisation des entreprises. 20% des espaces accueillent des grands groupes, souvent motivés par la recherche de méthodes de travail innovantes et d’une culture plus ouverte.

Les freelances ne sont pas les seuls à peupler ces espaces

Selon l’indice BAP du coworking 2017,  les espaces de coworking accueillent en France  20 % de salariés de grands groupes.

Selon le Global CoWorking Survey, ils accueillent en France 18,5% de salariés d’organisations dont l’employeur prend en charge le paiement de leur abonnement mensuel. (Au niveau mondial, la moyenne se situe à 26%).

Dans une enquête réalisée en 2015, BAP et la Fonderie soulignaient, pour leur part, que  49,5% des coworkers sont salariés dans des TPE, PME ou des associations: ils louent pour des moments plus ou moins longs des espaces de CoWorking.

Six types d’espaces de  coworking

Selon l’Indice du coworking 2017  établi par BAP, les motivations pour la pratique du coworking sont « le réseau et les rencontres,  la localisation (les espaces de coworking sont souvent situés dans des zones très attrayantes mais inabordables en bureau individuel), puis le prix.

Les espaces de coworking ne cherchent pas à créer les mêmes « types » de sociabilité.

Etudiant la manière dont les espaces de coworking peuvent contribuer à « rompre l’isolement » des travailleurs, des chercheurs  Orange Lab et du CELSA ont mis en évidence quatre critères qui clivent les logiques de fonctionnement de ces espaces :

  • leur architecture interne, notamment dans la proportion d’open spaces et de bureaux individuels fermés
  • la composition de la population les fréquentant (la diversité des métiers et des catégories traduit la réalité de l’entraide)
  • la manière dont le gérant intervient dans leur fonctionnement (les gérants ou certains participants jouent un rôle déterminant, par leur « animation », pour favoriser le partage et la coopération entre coworkers)
  • son degré d’ouverture à des « événements externes »

Ces quatre critères leur ont permis de mettre en lumière six catégories d’espaces de coworking:

  • Les « EC accompagnateurs »  : ils visent avant tout à aider les coworkers, que ce soit par l’organisation de formations, l’aide à la gestion d’entreprise ou encore l’appui en matière d’accès aux appels à projets ou aux aides publiques : c’est une logique d’accompagnement.
  • Les  « EC générateurs de revenus » : dans une logique de maximisation des revenus : ils proposent des bureaux fermés individuels, ce qui est économiquement intéressant puisque les tarifs de ces bureaux sont plus élevés que ceux appliqués pour louer un espace dans un open space, et constituent une source de revenus plus sûre et plus durable ; ils sont ouverts à toutes les professions, ce qui augmente naturellement la clientèle potentielle de l’espace.  Ils accueillent des événements externes en louant leurs murs, ce qui, là aussi, constitue une source de revenus non négligeable au vu des tarifs pratiqués dans l’évènementiel parisien. 
  • Les  « EC pépinièristes » : Fonctionnant dans une logique immobilière, ils visent avant tout à héberger des entrepreneurs ou des start-up, à l’image d’une pépinière d’entreprises, permettant à n’importe quel corps de métier d’être hébergé. La dimension collaborative est mise au second plan, au profit d’une vision plus immobilière de l’espace.
  • Les EC  les plus fidèles aux origines du mouvement:  ils sont dans une logique de collaboration par catégorie de métiers ou par centre d’intérêt (ex. les métiers de l’édition, les développeurs d’applications Microsoft…) pour faciliter les interactions entre les coworkers. Ainsi, de nombreux événements sont organisés pour créer une « communauté » ou une « deuxième famille ». Ces espaces accueillent également des événements externes, mais proposent surtout des formations et des séminaires sur des pratiques liées au métier en question, etc.
  •  Les EC associatifs : dans une logique communautaire, ils souhaitent créer un collectif réuni autour d’un métier, des valeurs communes et un réel désir de travailler ensemble. Adoptant un fonctionnement très proche de celui des associations,  ce type d’espace possède également le modèle économique le plus fragile : ses sources de revenus sont entièrement liées à l’utilisation de l’espace par les coworkers. Il n’y a pas de bureaux fermés individuels ni d’hébergement d’événements externes. Pour fonctionner, ce type d’espace a donc besoin d’une base solide de coworkers. 
  • Les espaces de coworking « accélérateurs de rencontres » : ils fonctionnent selon une logique de création des réseaux (professionnels ou non) dans un cadre informel. La dimension collaborative est moins poussée, mais les projets communs ne sont pas exclus. Ces espaces peuvent être situés à des points stratégiques et très fréquentés (comme le Sentier, à Paris, par exemple) ou près de pépinières d’entreprises. Il y a généralement moins de coworkers permanents dans ce type d’espace, où le brassage et le passage sont préférés aux liens pérennes et à la sédentarité. Ces espaces sont parfois devenus des lieux de passage et d’accueil d’événements très courus, délaissant quelque peu la dimension communautaire.

Un intérêt pour les « espaces de coworking » que reflètent les recherches en ligne

S’interrogeant sur la « guerre des mots » (qui est aussi une guerre d’antériorité et de territoire) à laquelle se livrent les acteurs de l’écosystème collaboratif, autour de ce sont ou devraient être les « tiers lieux », des chercheurs ont entrepris de s’appuyer sur les données Google Trends pour évaluer la demande (et l’engouement) pour les divers vocables associés aux tiers-lieux.

  • Ils ont ainsi constaté la faiblesse du nombre de requêtes concernant le terme « tiers-lieux » (particulièrement rares), avec une hausse très relative depuis 2013.
  • Les résultats sont plus riches (et massifs) pour les termes « Makerspace », « fablab », « Espace de coworking » ou encore « Hackerspace ».
  • C’est le terme « Fablab » qui rencontre le plus fort intérêt avec une croissance forte et continue des recherches depuis 2012.
  • Les vocables « centre d’affaires » ou encore «télécentre» plutôt recherchés entre 2004 et 2006, tendent à être progressivement supplantés par « espace de coworking».
  • Concernant la requête « Espace de coworking », elle connaît une forte croissance depuis février 2014. En termes d’intérêt suscité, le terme « Espace de coworking » arrivait en tête du classement en juin 2017 des nombreux termes associés aux tiers lieux.

Photo : CC-BY-SA Steve Purkiss

 

Sources

Les tiers-lieux en région Nouvelle-Aquitaine ont 7 ans : où en sont-ils ?

Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET): Innovation et territoires de faible densité, 2015

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