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Services des archives : l’essor de la consultation en ligne a vidé les salles de lecture

La numérisation des archives a considérablement démocratisé la consultation des archives nationales, régionales, départementales et communales. Plusieurs millions de Français y ont recours, majoritairement pour des recherches généalogiques.  Plus de 2,2 milliards de documents ont été consultés sur les sites des services des archives, en 2016.

La numérisation massive des archives a vidé les salles de lecture au profit de la consultation en ligne

Les services d’archives font partie des institutions culturelles qui se sont engagées massivement et précocement dans la numérisation : orientée vers la conservation préventive, en 1994, la numérisation ouvre la voie, a partir de 1998,  a la mise en ligne de documents.

Le succès auprès du public, et tout particulièrement du public traditionnel des archives, est immédiat.  La fréquentation des archives, stimulée par l’essor des recherches généalogiques, commence à décliner des 2002. Entre 2005 et 2015, les archives départementales, les plus en pointe de la numérisation, ont perdu 50 % de leurs lecteurs.

Désormais en archives départementales, le rapport entre le nombre de lecteurs inscrits en salle et celui des visiteurs uniques est de un à cent. Il est de 1000  entre le nombre d’articles communiqués en salle de lecture et celui du nombre de pages vues. Tous services d’archives confondus, le rapport entre séance de travail en salle de lecture et  120 connexions sur les sites d’archives était de 120 en 2016.

562 millions de pages et images numérisées, dont 72 % disponibles en ligne

Plus de 562 millions de  de pages et images ont été numérisées en 2016 par les services d’archives, dont plus de 94 % par les services d’archives départementales, et près de 408  millions de documents sont disponibles en ligne, soit 72 % des documents numérisés.

Le nombre de pages et d’images numérisées au cours de l’année par les services départementaux en 2016  s’élève à 23,6 millions, portant ainsi le total de pages et d’images à plus de 520 millions, dont près de 73 % mises en ligne sur leur site internet. Les archives municipales ont pour leur part numérisé 2,6 millions de pages et d’images en 2016, soit un total proche de 30 millions, dont plus de la moitié sont en ligne (17,6 millions). Avec 1,2 million de pages et images numérisées en 2016, les services à compétence nationale totalisent à eux trois 13,3 millions de pages et images numérisées depuis le début des opérations de numérisation, dont 10,8 millions en ligne.

2,2 milliards de pages et images vues

En 2016, les sites des services d’archives ont totalisé 52 millions de connexion, enregistrant 2,2 milliards de pages vues : la baisse de 4 % enregistrée en 2016 résulte d’une meilleure indexation permettant d’atteindre plus facilement le document recherché.

Pour les seules archives départementales, les statistiques de fréquentation ont progressé jusqu’en  2014 : le nombre de connexions qui avait atteint 52 millions en 2014 (2,3 milliards de pages et images vues)  amorce une décrue pour atteindre 45 millions de connexions  (2,1 milliards de pages et images/vues).

Plusieurs millions de Français motivés principalement par la généalogie

Pour les seules archives départementales, le nombre de visiteurs uniques atteint le nombre de dix millions, un visiteur pouvant être comptabilisé plusieurs fois s’il consulte les archives de plusieurs départements.

93% d’entre eux  se tournent vers les services d’archives pour des recherches de généalogie.

La fréquentation des salles de lecture devient marginale

Comme le note Gaël Chenard, Directeur des archives départementales des Hautes-Alpes , « cette transformation des usages a pris les archivistes par surprise en raison de sa rapidité et de son ampleur. Nous pensions que notre aide était indispensable pour bien utiliser les archives et que l’impossibilité de faire oeuvre de médiation par internet était un frein insurmontable à la dématérialisation. Nous pensions également qu’il fallait défendre nos salles de lecture comme des lieux de sociabilité. Il est en réalité discutable qu’une salle de lecture, présumée silencieuse, soit un véritable lieu de sociabilité, contrairement à internet qui est aujourd’hui le réseau d’entraide et de partage le plus vaste du monde. Les archives départementales ont en fait été débordées par les conséquences de leur propre politique et ont commencé à découvrir avec inquiétude – voire horreur – que les internautes étaient en fait très autonomes, et qu’ils n’avaient aucun besoin d’un contact direct avec le document original ».

Une transformation des usages qui déstabilise les archivistes

« Cette transformation en appelle aujourd’hui une autre, plus inquiétante encore pour l’archiviste : la prise du pouvoir. Avant les années 2000, l’archiviste décidait de tout : des conditions de consultation des documents, des horaires, de l’accès aux originaux, des trains de numérisation à réaliser et même des usages qu’il était possible de faire des archives après acquittement d’un droit de publication. Les internautes veulent désormais décider des conditions dans lesquelles ils accèdent aux documents et les utilisent. Ils veulent surtout décider de ce qui doit être numérisé en fonction de leurs besoins ou de leurs envies, et avoir

le choix de ne pas se déplacer, y compris pour obtenir de l’aide. L’augmentation importante des demandes de recherches par correspondance (+ 35 % entre 2005 et 2014) est un des signes de cette évolution ».

Repenser les pratiques de médiation pour accompagner les usages du public

Selon Gaël Chenard, « à bien y réfléchir, notre véritable public est déjà celui que nous ne voyons plus. En nombre de lecteurs comme en nombre de communications, la fréquentation de la salle de lecture – du moins pour les services disposant de fonds numérisés importants – est devenue marginale.  Pourtant, nous consacrons toujours l’essentiel de nos moyens à ces lecteurs, favorisés en quelque sorte, tant il est vrai que le maintien d’une salle de lecture coute cher. En parallèle, nous peinons à transposer sur nos sites internet l’accompagnement à la recherche, c’est-à-dire à adapter notre rôle de médiation à ce nouveau mode de consultation. Nous recréons ainsi une barrière presque élitiste entre ceux qui ont accès à nous, c’est-à-dire ceux qui ont les moyens de se déplacer aux heures d’ouverture, et ceux qui doivent se contenter des images issues de nos programmes de numérisation ».

 

Photographie : Archives départementales du Gard

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