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Enfants et numérique : des usages genrés qui s’accroissent avec l’âge

L’UNICEF publiait fin 2017 un rapport sur les enfants dans un monde numérique. L’organisation y soulignait les opportunités que représentent internet et l’importance de l’accès au numérique dans la lutte contre les inégalités, mais aussi les risques et la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement et de prévention des usages des enfants. En France, les enfants accèdent tôt à internet et aux contenus culturels par des terminaux mobiles (tablettes, smartphone). Nous avons compilé plusieurs études portant sur les usages numériques des enfants en France (loisirs, culturel, protection de la vie privée, temps passé) et la perception qu’en ont leur parents.

Des usages répandus mais souvent surestimés par les parents

En France, plus de la moitié des enfants de plus de 11 ans sont déjà inscrits sur un ou plusieurs réseaux sociaux. Pour autant, les enfants (8-14 ans) passent plus de temps sur les tablettes, ordinateurs ou smartphones à faire des jeux ou regarder des vidéos que sur les réseaux sociaux. Chez les 8-10 ans, le temps passé sur les réseaux sociaux est de 8 minutes par jour, contre près de 25 minutes pour les jeux. L’attrait des réseaux sociaux progresse à partir de 11 ans et davantage chez les filles. Cela concorde avec l’époque à laquelle les enfants reçoivent leurs premiers appareils numériques. L’étude qualitative Hadopi sur les pratiques culturelles dématérialisées souligne 3 moments charnières dans l’évolution de celles de l’enfant :

Extrait de l’enquête Hadopi

  • à 8-9 ans, les enfants restent à l’écoute de leurs parents, accèdent à des contenus « simples » (vidéos Youtube, recherche d’oeuvre sur google) et utilisent encore les supports physiques (CD, livres,…)
  • à 10-11 ans, l’âge du premier smartphone, ils téléchargent de la musique MP3 pour l’écouter hors connexion et recherchent des oeuvrent (notamment des films) plus récents sur internet : « jusqu’à 12 ans environ, les enfants sont moins à l’aise tech- niquement. C’est encore souvent l’entourage qui « fournit » les œuvres aux enfants, y compris de manière illicite, pour les protéger des risques associés à ces sites.« 
  • à partir de 12 ans, les besoins et l’aisance technique s’accroissent : les adolescents vont vers le téléchargement et streaming et se détachent de la surveillance parentale.

La connaissance et l’accompagnement des usages numérique des enfants est un sujet qui préoccupe effectivement les parents : 77% ont mis en place des mesures de restriction, et 82% ont discuté de l’utilisation d’internet avec leurs enfants (Xooloo, 2016). Les parents ont d’ailleurs tendance à surestimer le temps passé par leurs enfants sur internet. Il est vrai néanmoins que le temps passé par les enfants sur internet a eu tendance à augmenter entre l’été 2016 et l’hiver 2017.

Les filles utilisent davantage les réseaux sociaux que les garçons mais protègent moins leur navigation et leurs données

Les usages numériques sont genrés et ce phénomène s’accroît avec l’âge. D’abord, les garçons de 8-10 ans passent plus de temps à regarder des vidéos et jouer que les filles du même âge (respectivement 67 minutes et 48 minutes par jour). Les garçons sont plus attirés par les jeux tandis que les filles leur préfèrent les réseaux sociaux. Si les réseaux sociaux impliquent davantage d’enjeux en termes de protection de la vie privée, les filles protègent pourtant moins leur navigation (logiciel anti-publicité, anti-espion, paramétrage,…). Elles ont tendance à moins adopter les pratiques de pratique de sécurité en ligne : par exemple, 63% des garçons déclarent avoir des mots de passe compliqués contre 57% des filles, et 12% des garçons les ont déjà donné à un(e) ami(e) contre 18% des filles. L’écart s’efface pour la tranche 15-18 ans.

Le rapport d’étude de l’INJEP sur la socialisation adolescente et les usages du numérique précise : « En ce qui concerne les pratiques liées à l’exposition de soi et de son intimité, des études récentes comme celles menées par les sociologues américaines Eden Litt et Eszter Hargittai (2016) montrent que les jeunes femmes partagent davantage de photos d’elles-mêmes que les jeunes hommes, elles sélectionnent plus rigoureusement leur audience et partagent moins d’images publiquement. Il est aussi à noter que le public féminin constitue plus souvent la cible des campagnes de sensibilisation à la protection de la vie privée en ligne (boyd, Hargittai, 2010), ce qui influence peut-être leurs pratiques mais surtout suppose implicitement que les institutions les considèrent comme plus exposées aux risques de violation de la vie privée, et comme davantage responsables du maintien d’une forme de sphère privée en ligne. »

Un pourcentage équivalent de garçons et filles de 11-14 ans (64%) indiquent avoir paramétré leurs comptes pour protéger leurs informations personnelles mais les filles sont mais sont plus aidées par des proches dans cette démarche. Avec l’âge, les pratiques et l’information en termes de droits à la privacy s’améliore tout en restant incomplète.

Le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) renforce la protection des données personnelles des enfants. Le règlement exige le consentement des parents pour les mineurs de moins de 16 ans pour s’inscrire et utiliser des services numériques. L’article 8 du RGPD laisse toutefois aux États membres la liberté d’abaisser ce seuil jusqu’à 13 ans. La future loi Informatique et Libertés, en cours de discussion, fixera l’âge qui sera retenu en France pour le consentement sans autorisation parentale. La commission des Lois de l’Assemblée a voté l’abaissement du seuil du consentement à 15 ans : ce vote ne préjuge pas du seuil qui sera finalement retenu.

L’initiation au numérique, un processus impliquant les parents, les pairs et les plateformes

L’étude Hadopi repère « trois grands pôles d’influence dans les pratiques numériques des 8-14 ans : la famille proche, les pairs et YouTube. Ces trois référents accompagnent l’enfant au fil de son développement, avec une importance plus ou moins forte de chacun d’entre eux selon l’âge et la maturité de l’enfant.(…) Omniprésent, YouTube apparaît comme le principal fournisseur de contenus de tous types (vidéos, tutoriels, œuvres…). C’est la clef d’entrée majeure dans les pratiques culturelles dématérialisées dès le plus jeune âge, au point de servir de « standard » et de façonner les attentes de ce jeune public en termes de gratuité et de mode d’accès en streaming. YouTube détermine également pour eux le modèle de réussite des artistes au « nombre de vues » à travers l’exemple des Youtubeurs, faisant passer au second plan la question des revenus générés par la création. » Les parents ne sont pas perçus par leurs enfants comme les plus aptes à les informer des risques du numérique. Ils sont plus de 55% à penser qu’un intervenant spécialisé en classe serait le plus à même (un quart pensent que ce serait les parents) chez les 11-14 ans et cette proportion augmente à près de 65% chez les 15-18 ans (environ 10% pensent que ce serait les parents) (CNIL). Pourtant 82% discutent de l’utilisation des smartphone et tablettes : 37% le font souvent et 45% parfois (Xooloo,2016). Les parents sont 78% à souhaiter des cours d’éducation aux médias en classe et seuls 15% souhaiteraient bénéficier de cours d’éducation aux médias. Ils sont même 83% à souhaiter que des organismes publics dédiés fasse de la sensibilisation aux dangers d’internet (enquête nationale du CLEMI).        

Sources

Enquête Hadopi 2017 – Les pratiques culturelles des 8-14 ans : l’émergence d’une génération de « smartphone natives » – Synthèse

Enquête Hadopi 2016 – Exploration des pratiques culturelles dématérialisée des très jeunes –Rapport complet

Enquête Xooloo septembre 2016 Présentation

Baromètre des usages des adolescents Xooloo

Enquête CNIL – Les 11-18 ans et leurs données personnelles – Rapport

Enquête CLEMI – Vos enfants, les médias et internet –  Premiers résultats

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