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Soucieuse d’explorer la réalité du « pouvoir d’agir »  rendu possible par le numérique, l’enquête Capacity (soutenue par l’Agence du Numérique) avait intégré dans son questionnaire une série de questions sur la manière dont les internautes utilisent Internet pour apprendre, et se former,  dans le cadre privé, comme professionnel.

L’une de ces questions portait sur des apprentissages en ligne explicitement formels : « participer à un cours à distance (pour une formation, ou en vue d’obtenir un diplôme ou un certificat) ». D’autres questions correspondaient à des processus d’apprentissage informels (via des tutoriels, de la recherche d’information, etc.) Outre ces questions d’usages, les internautes avaient été interrogés sur les bénéfices qu’ils avaient éventuellement retirés d’Internet, formulés en terme « d’opportunités pour se former ».

15 % internautes ont suivi un cours en ligne

Les premiers résultats de l’enquête Capacity avaient mis en relief la proportion d’internautes (15 %) qui déclaraient avoir participé à un cours à distance : pour une formation ou en vue d’obtenir un diplôme ou un certificat. Ils sont dans l’ensemble plus jeune, plus diplômés et plus riches que l’ensemble des internautes. Ainsi, concluaient les auteurs, « ceux qui tirent le meilleur parti d’Internet pour élargir leur gamme de connaissances et compétences dans des dispositifs d’apprentissage formels sont ceux dont les compétences sont déjà reconnues à travers des diplômes, tandis que, parmi les internautes dont le niveau de diplôme est inférieur ou égal au CAP/BEP, seule une poignée a déjà suivi un cours en ligne ».

4 manières d’utiliser Internet pour apprendre et acquérir des savoir-faire

 Si l’utilisation d’Internet pour un apprentissage formel reste une pratique minoritaire, qu’en est-il de l’usage des outils numériques pour acquérir ou approfondir les connaissances de manière informelle ?

Dans une note d’analyse récente,  deux chercheurs de l’équipe Capacity, Nicolas Deporte et Margot Beauchamps, reviennent sur cette question, en exploitant  les réponses aux questions qui portaient sur les processus d’apprentissage informels.

On y apprend que la proportion d’internautes qui utilisent Internet pour « approfondir un sujet qui les intéresse » atteint 86 %. Et 63 % pour ceux utilisent Internet « pour acquérir des savoir-faire (via des vidéos, forums, tutoriels, blogs, etc.) ».

Cependant, et c’est l’objet principal de cette note d’analyse, « tous les internautes n’utilisent pas de manière uniforme les ressources en ligne pour apprendre ».

Les deux chercheurs distinguent ainsi 4 profils d’utilisation d’Internet pour apprendre.

  • Un premier profil se caractérise par une utilisation occasionnelle d’Internet pour apprendre. Il concerne 29 % des internautes. « Ces occasionnels » de l’apprentissage informel se sentent pour la majorité à l’aise avec Internet. 60 % d’entre eux considèrent qu’Internet ne leur a pas donné d’opportunités pour se former, ni pour s’ouvrir à d’autres milieux sociaux. De manière générale, ils cherchent assez peu d’informations sur Internet, ni ne consultent de supports en ligne pour apprendre à faire des choses via des tutoriels, des vidéos, des forums, etc. Les employés y sont plus fréquents que dans la population générale, ainsi que les personnes de 35-49 ans, ayant un niveau d’études de type Bac ou CAP/BEP.
  • Le second profil regroupe des internautes qui font un usage diversifié et fréquent d’Internet pour apprendre. Il regroupe 50 % des internautes. On y trouve des individus qui ont une forte intensité d’usages et un niveau de compétences numériques élevé (niveau 3 ou 4 sur 4). Les usages basiques sont évidemment présents (définition d’un mot, recherche d’informations, approfondissement d’un sujet, etc.) et fréquents : toutes les semaines voire tous les jours. Ils recherchent de l’information sur différentes thématiques (loisirs, informatique, droit, santé, etc.) et apprennent à faire des choses grâce à des vidéos, des tutoriels, etc. de manière quotidienne ou hebdomadaire et privilégient pour cela les supports en ligne. Près de la moitié d’entre eux dit être très à l’aise avec Internet (44 %). Ils ont généralement appris à faire ce qu’ils font sur Internet, seul, par la pratique (78 %), en s’aidant de supports en ligne (19 %), ou en suivant des formations spécifiques (25 %). Les hommes, les cadres et les étudiants y sont surreprésentés, comme les personnes avec un niveau d’études supérieur à Bac +2.
  • Un troisième profil regroupe les 4 % d’internautes qui ont l’usage le plus intensif d’Internet pour apprendre ou se former. Les usages d’apprentissage y sont fréquents, généralement plusieurs fois par jour. Ils participent même régulièrement à des cours à distance (38 %). Ils ont de bonnes compétences numériques (niveau 4 sur 4). Ils privilégient très largement les supports d’informations en ligne, notamment pour ce qui concerne les loisirs, l’informatique, l’orientation professionnelle et la santé. Internet leur a beaucoup donné l’opportunité de se former (37 %). Lorsqu’ils ont des problèmes en informatique, ils ne font généralement pas appel à quelqu’un de leur entourage ou de leur foyer (pour les trois quarts), mais essaient de se débrouiller (60 %) et posent des questions sur les forums de discussion (23 %). Dans cette classe, les étudiants sont surreprésentés, tout comme les 18-24, les 25-34 ans et les célibataires.
  • Le quatrième profil regroupe les 17 % d’internautes qui tirent rarement parti d’internet pour apprendre. Il rassemble les individus les moins à l’aise avec Internet : 60 % des personnes qui se sont déclarées « pas du tout à l’aise » sont dans cette classe. Ils ont un niveau de compétence numérique faible (62 % d’entre eux ont le niveau de compétences le plus bas parmi les 4 niveaux existants). Leurs usages dédiés à l’apprentissage sur Internet sont très pauvres. Pour ces personnes, Internet ne leur a pas donné d’opportunités de se former (86 % d’entre eux), ni de s’ouvrir à d’autres milieux sociaux (75 %). Les femmes, les retraités, les ouvriers, les personnes sans activité professionnelle y sont surreprésentés, ainsi que les personnes ayant un revenu faible et trouvant la vie très difficile avec ces revenus.

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