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Pratiques contributives des Français : où en sommes nous ?

Les pratiques contributives, la production participative, le crowdsourcing citoyen, l’intervention de la “multitude” dans la production d’informations et de connaissances, la mise en discussion de toutes sortes de choses (projets de loi, bénéfice et coût d’un produit ou d’un service, effets secondaires des médicament) constituent probablement l’une des transformations majeures qu’a produit le numérique.

« Pour résoudre les problèmes les plus saillants du monde, nous devons mettre la puissance de l’Internet au travail – ses technologies, ses modèles d’affaires, et peut-être, plus important encore, sa philosophie d’ouverture, son intelligence collective et sa transparence » proclamaient en 2009 Tim O’Reilly and John Battelle.

Comme l’observe Serge Proulx, « cet univers numérique est fortement paradoxal dans la mesure où l’on ne peut opposer simplement, d’un côté, les pratiques contributives de petits usagers ordinaires et, de l’autre, les pratiques d’accumulation des GAFA ».

En fait, toutes ces pratiques sont enchevêtrées. « Ces pratiques contributives sont en même temps une source de plaisir et de satisfaction pour les usagers. Parmi les motivations à contribuer les plus fréquemment évoquées, mentionnons : le désir d’acquérir de nouvelles compétences et expertises ; le plaisir associé à la création collective d’un bien commun ; le plaisir lié à la qualité des interactions entre les participants (…) l’autocréation d’un capital social et d’un « capital de réputation » et, ultimement, la recherche d’une reconnaissance par ses pairs ».

Au delà des « cathédrales numériques » que sont Wikipedia ou OpenStreetMap, il existe, une très grande diversité de projets, de plateformes et d’applications qui reposent sur la contribution des personnes : sciences participatives, consultations publiques sur internet, signalement des spams, indexation collaborative dans le monde des bibliothèques et des archives, signalement des problèmes sur la voie publique ….

Dans quelle mesure les Français  s’impliquent-ils dans les pratiques de production participative ?

Les grandes enquêtes comme le Baromètre Numérique ou Capacity donnent une mesure assez grossière de ces pratiques contributives, au travers de questions comme « êtes-vous plutôt un lecteur, sur les forums de discussion, les réseaux sociaux, les tchats, les blogs, un contributeur ou les deux ? ». Ainsi, selon l’enquête Capacity, 2,5 % des internautes se décrivaient en 2016 comme des « contributeurs sur les forums de discussion, les réseaux sociaux, les tchats, les blogs », 44 % comme«des lecteurs de ce que les autres disent ou écrivent» et 19 % comme « autant l’un que l’autre ».

Afin de dresser un premier tableau des pratiques contributives des Français, nous avons entrepris de compiler les études et indicateurs qui rendent compte de ces pratiques. Cette compilation est loin d’être exhaustive.

En 2015, 26 % des Français ont donné sur internet une note, une évaluation ou un commentaire sur un produit

Selon le Baromètre du Numérique 2015, le dépôt de témoignages sur les produits et services achetés est plus répandu chez les Hommes (28 %) que chez les femmes (23 %).

Cette pratique est liée à l’âge : 35 % des 18 – 24 ans et 39 % des 25 – 39 ans, contre 28 % chez les 40 – 59 ans et 17 % chez les 60 – 69 ans.

Cette pratique croît avec le niveau de diplôme (23 % pour les personnes de niveau BEPC, 32 % pour le niveau Bac, 37 % chez les diplômés du supérieur), ainsi qu’avec le niveau de vie (22 % dans la classe moyenne inférieure, 27 % dans la classe moyenne supérieure et 33 % parmi les hauts revenus).

En 2017, plus de 100 000 citoyens ont contribué ou participé à des consultations publiques en ligne

 L’organisation de consultations publiques en ligne par les ministères, les autorités de régulation, les préfectures ainsi que les collectivités locales est désormais largement banalisée. L’estimation du nombre de contributeurs (et de participants dans le cas des plateformes qui permettent de voter) est hasardeuse tant les données sont dispersées et hétérogènes. Avec ses 21 330 contributeurs, ses 8 500 commentaires et ses 148 000 votes, la consultation publique autour du projet de loi République numérique est souvent citée en exemple. En fait, le niveau élevé de participation atteint par la consultation République numérique est loin d’être un cas isolé. Ainsi, en 2017, plusieurs consultations ont suscité des milliers de contributions, dont certaines plus de 10 000.

Malgré ces difficultés de mesure, on peut cependant estimer que plus de 100 000 personnes ont pris part à l’une ou l’autre des 300 consultations publiques organisées en 2017 : en tant que contributeurs ou en tant que participants (votants). Cette approximation grossière est partiellement corroborée par les indicateurs que publient certaines plateformes de débat public.

Voir à ce propos:  En 2017, plus de 100 000 citoyens ont contribué ou participé à des consultations publiques en ligne

Wikipedia :  1,9 million d’utilisateurs enregistrés basés en France

En juin 2017, l’encyclopédie Wikipédia en langue française comptait, plus de 2,8 millions d’utilisateurs enregistrés, dont environ 1,9 million basés en France. Le nombre de contributeurs se situe chaque mois autour de 16 000, parmi lesquels près de 5 000 contributeurs actifs : un contributeur est classé « actif » dès lors qu’il apporte au moins cinq modifications par mois. Depuis sa création, ce sont près de 700 000 personnes qui auraient ainsi contribué, au moins une fois, à l’édition française. Les Français sont à l’origine de 82 % des opérations d’écriture (“edits”) sur l’édition française tout en contribuant aux autres éditions. Selon Weeklypedia, au cours d’une seule semaine, fin mai-début juin, 15,815 contributeurs ont effectué 122,827 modifications sur 54,686 articles différents sur l’édition française. Seuls 34 % d’entre eux disposaient d’un compte.

Voir à ce propos:  Ce que l’on sait sur les usages de wikipedia en France

40 000 contributeurs à OpenStreetMap

Depuis 2004, le projet OpenStreetMap ambitionne de créer une carte du monde extrême précise issue de l’intelligence collective et invitant les habitants à cartographier eux-mêmes leur rue, leur quartier ou leur commune.  En France, des milliers de contributeurs en France ont cartographié en détail des pans entiers de notre territoire. Selon Jennings Anderson, la France comptait en 2016 près de 40 000 contributeurs (3000 par mois) ce qui la situait au troisième rang, derrière l’Allemagne (84 382 contributeurs) et les États Unis (69 423).

Voir à ce propos: Les Français, quatrièmes contributeurs à OpenStreetMap

66 000 français impliqués dans des opérations de sciences participatives liées à la biodiversité

En 2016, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé à un programme de sciences participatives en France.Parmi elles, plus de 66 000 ont pris part a des opérations de sciences participatives liées à la biodiversité, soit une progression de 22% par rapport à 2015 et de 185% depuis 2011. L’estimation du nombre de personnes impliquées dans une programme de sciences participatives lié a la biodiversité repose sur une enquête annuelle réalisée par l’Observatoire national de la biodiversité (ONB), copiloté par la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH) et l’Union Nationale des Centres Permanents d’Initiatives pour l’Environnement (UNCPIE).

Voir à ce propos: 66 000 français impliqués dans des opérations de sciences participatives liées à la biodiversité

Crowdfunding : 700 000 « financeurs participatifs » et plus de 11 000 projets financés au 2e trimestre 2017

Le financement participatif rencontre un écho croissant auprès du public. Selon l’Observatoire du Crowdfunding, au cours du seul premier semestre 2017, 741 000 personnes auraient financé un projet via une des 54 plateformes de crowdfunding qui communiquent leurs chiffres à cet Observatoire. 11 652 projets ont recueilli 153 millions d’euros au cours du premier semestre 2017. Au cours de la même période en 2016, 10 889 projets avaient recueilli 104 millions d’euros.

Voir à ce propos:  Crowdfunding : 700 000 « financeurs participatifs » et plus de 11 000 projets financés au 2e trimestre 2017

Plus de 400 000 personnes impliquées dans le signalement des spams

Le spam est un phénomène endémique et massif. En France, l’association Signal Spam permet aux internautes de signaler tout message qu’ils considèrent être un spam. Les signalements effectués auprès de Signal Spam portent sur cette fraction du spam qui parvient jusqu’aux internautes (environ 10%), ce qui les rend d’autant plus important pour l’analyse du phénomène et la protection collective.

L’association Signal Spam publie chaque trimestre un baromètre du spam, basé sur les signalements des internautes. L’association affiche 467 633 personnes enregistrées (dont 13 825 nouveaux utilisateurs). Selon le Baromètre du Spam Juillet/Août/Septembre 2017, les utilisateurs ont signalé 2 801 936 spams sur les trois derniers mois.

 

Photo : James Cridland, flickr.com

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